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Le pardon

Créateur : byoann 
Date de création : 19.08.2013 à 18h56

Message du créateur :
Cet épisode remplace les épisodes 12 et 13 de la saison 2 excepté qu’Edouard n’est pas mort, que Knighton n’a pas été réduit en cendres et que Gisborne ignore toujours l’identité du veilleur de nuit.

Cet épisode compte 35 paragraphes

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Chapitre I 

« Robin non, ne fais pas ça ! »

 

uelque part dans la forêt de Sherwood…

  

Malgré la pluie fine, Allan marcha d’un pas certain, le cœur battant, vers le lieu du rendez-vous qu’on lui avait fixé. Il arriva au pied d’un escarpement rocheux. Il leva la tête et s’adressa à une personne située sur les hauteurs.

« Robin, je suis vraiment désolé… Et je suis sincère. »

Robin, sur les hauteurs, hocha lentement de la tête.

Puis soudain, le brouillard se leva et l’enveloppa tandis qu’il s’apprêtait à lui répondre.

Il disparut complètement dans la brume. Cependant, Allan, malgré l’angoisse qui le tiraillait, avait la certitude qu’il allait revenir. Et c’est ce qu’il se produisit. Robin, souriant, émergea de la brume, les bras grands ouverts et s’avança, vers lui, en silence.

Allan, soulagé : « Oh Robin, je suis vraiment navré… C’était la dernière fois, je te le promets… Pardonne-moi… Donne-moi une seconde chance, s’il te plaît. »

Robin, toujours souriant, s’arrêta devant lui et plaça sa main gauche derrière sa nuque : « Oh mais… Oui, bien sûr ! Tu sais… J’y ai beaucoup réfléchi et… »

Alors qu’il s’apprêtait à prendre Allan dans ses bras, soudain, l’expression de son visage changea radicalement. Subitement, son sourire s’effaça et son regard devint froid et haineux. Allan sentit alors quelque chose lui transpercer le ventre. Par instinct, il plaqua sa main à l’endroit même où l’objet s’était enfoncé. Il baissa la tête et, incrédule, regarda sa main couverte de sang. Pendant que la douleur commençait peu à peu à se faire ressentir, Allan regarda Robin droit dans les yeux.

Allan, choqué : « Mais pourquoi… ? »

Robin, l’interrompant et, lentement : «… Maintenant, Allan… Je te pardonne ! »

En proie à une violente douleur à l’abdomen, Allan s’écroula au sol, la main plaquée contre son ventre. En état de choc, il continua de regarder Robin. Il ne pouvait pas y croire. Il ne voulait pas y croire. Il ne comprenait pas comment Robin avait pu lui faire une chose pareille. Allan savait qu’il lui en voulait beaucoup mais, jamais, il n’aurait pensé qu’il puisse aller jusqu’à le tuer de sang froid. Surtout, que Robin avait accepté de le voir afin qu’il puisse s’expliquer. Allan n’aurait jamais pensé que Robin puisse préparer, et mettre en œuvre, une telle revanche. Ce serait-il trompé à son sujet ? Pendant ces deux longues années où il l’avait côtoyé, il n’avait jamais remarqué que Robin pouvait faire preuve d’une telle duplicité. Non, ce n’était pas possible. Que s’était-il donc passé dans la tête de Robin pour qu’il puisse avoir changé à ce point ?

Alors que le brouillard s’épaississait de plus en plus, Robin resta là, debout devant lui, sourire aux lèvres. Allan souffrait de plus en plus. Il sentait la vie le quitter lentement. Il eut subitement froid, très froid. Ses membres devinrent petit à petit plus raides et douloureux. Il se recroquevilla sur lui-même autant pour se réchauffer que pour faire taire cette douleur à l’abdomen. Puis, réalisant que Robin ne ferait rien pour lui venir en aide, voire pire, il risquait de l’achever, il commença à se traîner au sol pour rentrer chez lui. Mais c’était peine perdue, Nottingham se trouvait à des kilomètres de là et dans l’état où il se trouvait, il ne pourrait jamais l’atteindre. Peut-être espérait-il, au mieux, trouver une âme charitable en chemin qui lui apporterait son aide ? Mais Robin ne l’entendait pas ainsi.

Tandis qu’Allan tentait désespérément de se relever, Robin, l’attrapant par les pieds : « Mais où espères-tu aller comme ça ? »

Il le retourna violement sur le dos. Allan, choqué, ne répondit pas.

Robin, sur un ton humoristique : « Hum… C’est trop long ! Je dois aller m’occuper des pauvres, moi aujourd’hui ! »

Il empoigna sa dague, tâchée du sang d’Allan, à deux mains et la leva au dessus de sa tête.

Le brouillard s’épaississait de plus en plus tandis qu’Allan, horrifié, fixa les deux mains de Robin tenant la dague au dessus de lui. Il comprit alors qu’il avait l’intention de l’achever.

Allan hurla de terreur : « ROBIN NON, NE FAIS PAS çA ! »

Puis Robin planta violement la lame dans le thorax d’Allan. Le brouillard recouvrit alors entièrement les deux hommes.

Enveloppé d’un épais manteau blanc, Allan, sentant la dague s’enfoncer dans son thorax, s’écria : « NONNNNNNNNN ! »

Puis se fut le noir total. Terrorisé, Allan se palpa rageusement le torse pour y retirer la dague. Mais il ne sentit rien d’autre que son vêtement trempé par la sueur. Il ne ressentait pas davantage la douleur causée par les deux blessures que Robin lui avait infligées. Au fur et à mesure qu’il se calmait, le noir complet laissa place à une pénombre moins profonde, permettant, grâce à la faible lumière dégagée par les rayons de la lune, de distinguer les formes qui l’entouraient. Il se rendit compte qu’il se trouvait assis sur son lit dans sa chambre au château de Nottingham ; cherchant désespérément à reprendre son souffle. Il comprit alors que sa rencontre avec Robin dans la forêt de Sherwood n’avait été qu’un affreux cauchemar. Soulagé, il se laissa retomber sur son lit. Attendant d’avoir retrouver tous ses esprits, il se rassura en regardant le plafond de pierre de sa chambre. Il se trouvait bien au château. Il était bien protégé de Robin par des mûrs de pierre de près de cinquante centimètres d’épaisseur et non pas, seul, sans défense, avec Robin, dans la forêt de Sherwood.

Quand sa respiration retrouva un rythme normal, il alluma une bougie puis se leva. Il retira son vêtement de nuit trempé par la sueur.

Il alla jusqu’à sa commode, empoigna le broc et versa de l’eau dans la vasque.

Il s’aspergea le visage à plusieurs reprises. Puis avec un linge humide, il se frotta le torse, les épaules et le dos. Par ce geste, il se débarrassait autant de la sueur que de son cauchemar qui lui collait encore à la peau. Enfin, il prit une serviette et il s’essuya. Lorsque sa main passa au dessus de son cœur, il eut comme un frisson d’effroi. Il regarda machinalement l’endroit où Robin avait planté sa dague la deuxième fois. Mais il n’y avait rien et pour cause.

« Ce n’était qu’un mauvais rêve » : se répétait-il.

Mais ce rêve lui semblait tellement réel. Quelques scènes de son cauchemar se mirent alors à revenir le hanter. Inconsciemment, il se frotta l’abdomen à l’endroit même où Robin l’avait poignardé la première fois. Lorsque la dernière scène se joua à nouveau dans son esprit, il secoua vivement la tête et prit une profonde inspiration.

Allan : « Ce n’était qu’un rêve !... Jamais, Robin ne pourrait me faire une chose pareille ! »

Puis il enfila le vêtement de nuit propre qu’il avait posé sur la chaise avant de se mettre au lit. Cette sage précaution était d’autant plus utile que ce n’était pas la première fois qu’il cauchemardait ainsi. Mais ces derniers temps, cela lui arrivait de plus en plus souvent et, de surcroit, ses rêves devenaient de plus en plus intenses. A tel point, qu’il lui arrivait, après s’être réveillé en sursaut, de ne plus pouvoir se rendormir.

Allan retourna se coucher et pour se rassurer : « Non !... Robin ne pourrait jamais me faire ça ! »

Il souffla la bougie et se recoucha mais il garda les yeux ouverts.

« Robin ne pourrait jamais me faire ça ! » : se répétait-il.

Mais au fond de lui, il en doutait de plus en plus. Car, après tout, Robin avait déjà essayé de le tuer à plusieurs reprises et notamment, ici-même, dans ce château, où Marianne l’avait empêché de lui trancher la gorge avec sa dague. Mais, se rappelant tout le bien que Robin faisait quotidiennement autour de lui, Allan se persuada qu’il ne pouvait pas être devenu un assassin. Il se tourna sur le côté puis ferma les yeux. Cependant, il eut quand même, cette fois encore, dû mal à trouver le sommeil.

Mais cette nuit-là, Allan ne fut pas le seul homme du comté de Nottingham à éprouver des difficultés à s’endormir…

 

 

Dans la forêt de Sherwood, au campement des hors-la-loi…

Alors que le jour n’était pas encore levé, tout le monde dormait paisiblement à l’exception d’un seul hors-la-loi : Petit Jean. Celui-ci n’arrivait pas à trouver le sommeil depuis quelque temps. Et cette nuit, il tourna et se retourna dans son lit sans arriver à s’endormir. Excédé, il finit par se relever silencieusement et sortit prendre l’air. Il s’assit sur une souche un peu à l’écart de l’entrée du camp.

Il se mit à réfléchir aux raisons pour lesquelles il n’arrivait pas à dormir. Pourquoi ne trouvait-il pas le sommeil ? Pourtant rien ne l’inquiétait. Il n’y avait aucune mission périlleuse à venir. Les livraisons aux pauvres gens se faisaient normalement. Il y avait même moins de personnes dans le besoin, ces derniers temps, grâce aux dernières récoltes qui furent exceptionnelles. Alors qu’est-ce qui pouvait bien l’empêcher de se laisser aller dans les bras de Morphée ?... Le shérif ? Non, impossible ! Il n’a jamais été une source d’inquiétude au point de l’empêcher de trouver le sommeil. De plus, les échauffourées avec ses hommes s’étaient faites plus rares ces derniers temps. Donc, cela ne pouvait pas être la cause de son malaise. Car oui, Petit Jean éprouvait un léger malaise depuis quelques temps. Oh un malaise très léger mais persistant tout de même. Et cela depuis que, un jour, Robin avait marié un jeune couple de Locksley dans la forêt de Sherwood.

Mais pourquoi cet évènement que l’on qualifie habituellement d’heureux évènement entraînait chez Petit Jean une sorte de mélancolie. Peut-être pensait-il à sa propre femme Alice et son fils Jean Petit… partis avec un autre homme, Luc le tonnelier de Locksley. Ils ne les avaient pas revus depuis leur départ il y a presque deux ans maintenant. Ils lui manquaient terriblement mais il ne voulait pas se l’avouer. Il avait eu dû mal à accepter de voir sa femme partir avec un autre homme en emmenant son fils qu’il venait à peine de connaître. Mais Alice, croyant que Petit Jean était mort, avait refait sa vie avec Luc donnant ainsi un père et un foyer au jeune garçon. Il ne se sentait pas le droit de briser cette famille pour satisfaire ses désirs paternels. Alors il avait accepté qu’elle parte avec Luc pour Scarborough. Laissant peu à peu les souvenirs de ces retrouvailles d’avec son fils, juste avant son départ, remontaient à la surface, Petit Jean se laissa peu à peu gagner par la joie qu’il avait éprouvé à ce moment-là. Apaisé, il finit par s’endormir couché à même sur le sol.

Au petit matin, un homme s’avança lentement puis se pencha sur lui : « Petit Jean ?... Petit Jean ?… Hé ! Réveille-toi ! »

Petit Jean se réveilla en sursaut. D’abord surpris de voir un homme penché sur lui puis ensuite de ne pas être dans son lit, il se calma aussitôt dès que ses souvenirs de la nuit passée lui revinrent en mémoire.

Petit Jean, un peu groggy : « Oh euh… Robin ? »

Robin : « Oui c’est moi… Tu as dormi là ?... Mais pourquoi ? »

Petit Jean se releva en grommelant.

Robin, se relevant également : « Tu as encore eu dû mal à trouver le sommeil mon ami, n’est-ce pas ? »

Petit Jean, ne souhaitant pas s’attarder sur le sujet, ne répondit pas et se dirigea vers le campement. Mais Robin l’agrippa par le bras.

Robin : « C’est Alice, n’est-ce pas ? »

Petit Jean, tournant la tête vers Robin, surpris : « Oui, mais comment le sais-tu ? »

Robin : « On a tous remarqué que quelque chose n’allait pas. Tu es beaucoup plus silencieux… Enfin encore plus que d’habitude… Tu es davantage fatigué et tu as moins d’entrain lors de nos missions…. »

Petit Jean, piqué au vif, l’interrompant : « Hé Ho ! J’ai toujours assuré les livraisons que tu m’avais confiées ! »

Robin : « Je ne dis pas le contraire. Mais tu le fais avec… Euh… Un peu moins d’enthousiasme qu’avant. »

Petit Jean, voulant se justifier : « Peut-être que… Je suis las de voir qu’il y a des pauvres gens que nous devons, sans cesse, aider tous les jours pendant que d’autres s’engraissent honteusement… C’est une chaîne sans fin… J’ai parfois l’impression que jamais cela ne s’arrêtera. »

Robin : « Tu vois ?... Le Petit Jean d’avant n’aurait jamais dit ça ! »

Petit Jean, agacé : « Avant quoi ? »

Robin : « Avant le mariage qui a eu lieu ici à Sherwood. »

Petit Jean, embarrassé : « Oh !… »

Robin : « Pourquoi n’acceptes-tu pas d’en parler ?... A moi ou à l’un de nos compagnons ? Cela n’est pas bon de garder ses angoisses pour soi. Il vaut mieux les partager avec autrui. Parfois, ils paraissent même moins importants, une fois que l’on s’est confié… Hum ? »

Petit Jean, réticent : « Hum… Peut-être… »

Pour l’inciter à se confier, Robin retourna s’asseoir sur la souche. Petit Jean n’était pas du genre à raconter ses problèmes à tout le monde. Il hésita. Il regarda en direction du camp. Tout le monde dormait encore. Puis il regarda Robin qui attendait patiemment qu’il se confie.

Petit Jean, dans sa tête : « Oh et puis à près tout ! Puisque tout le monde est au courant ! »

Petit Jean à Robin : « Evidemment, tout le monde s’est aperçut que je n’allais… pas… très bien. »

Robin hocha doucement la tête en souriant.

Petit Jean, réfléchissant : « Hum… »

Il s’assit au côté de Robin puis soupira un grand coup.

Petit Jean : « C’est Alice… Elle me manque tant… Tout comme mon fils, d’ailleurs. »

Robin : « On s’en doutait un peu. »

Petit Jean, regardant devant lui : « J’aimerais tant les revoir, les prendre dans mes bras et leur dire que je les aime. »

Robin : « Est-ce que… Euh… Souhaiterais-tu quitter la bande, Petit Jean ?... Après tout, tu as droit au bonheur toi aussi. Tu l’as bien mérité. »

Petit Jean : « Non… Euh non…. Bien sûr que non. Je ne veux pas quitter la bande. Mais c’est vrai que…Parfois… Je pense à ce qui se serait passé si j’étais parti avec Alice et Jean à Scarborough… Et puis de toute façon, elle a dû maintenant refaire sa vie avec Luc le tonnelier. »

Robin : « Pourquoi n’irais-tu pas la voir ? »

Petit Jean : « Pourquoi faire ?... Elle a dû se remarier maintenant ! »

Robin : « Bon et bien, vas-y pour ton fils ! Tu as beaucoup d’années à rattraper. Passe du temps avec lui. Apprend à le connaître.»

Petit Jean « Hum… A Scarborough ? »

Robin : « Ben oui ! C’est là-bas qu’ils vivent, non ? »

Petit Jean acquiesça de la tête puis : « Oui mais… C’est loin. Je risque d’être parti pour plusieurs semaines ! »

Robin : « Et alors ? »

Au fur et à mesure que ce voyage devenait de plus en plus concret dans son esprit, l’humeur de Petit Jean s’égaya.

Petit Jean, le sourire aux lèvres : « Mais euh… Tu ne vas pas avoir besoin de moi ici ?... Pour les livraisons ? »

Robin, voyant la mine réjoui de son ami : « Mais non ! Et puis, comme tu t’en es aperçu, il y a moins de monde à nourrir grâce aux bonnes récoltes. Ne t’inquiète pas, on se débrouillera… »

Robin, plus sérieux : « Vas-y mon ami… Passe tout le temps qu’il te faudra avec ta famille. C’est très important la famille. C’est ce qu’un homme a de plus précieux dans la vie. Alors pars et ne t’occupe pas de nous, cela va aller… Bof, je demanderais à Much d’en faire davantage, c’est tout. Il sera ravi. »

Petit Jean, souriant, réfléchissant à ce projet : « Tu es sûr Robin ? »

Robin lui mit sa main sur son épaule : « Certain mon ami. Pars rejoindre les tiens… Tu nous reviendras plus revigoré que jamais ! »

Petit Jean, tout sourire, se leva : « D’accord, j’y vais… Je vais me préparer tout de suite. »

Il se dirigea vers le campement puis se retourna : « Merci Robin ! »

Robin : « Y’a pas de quoi, mon ami. »

Petit jean allait se retourner quand Robin le stoppa : « Heu… Tu vas quand même prendre le petit déjeuner avec nous ? »

Petit Jean : « Mais oui bien sûr… Je ne partirai pas sans dire au revoir à tout le monde. »

Puis il se dirigea vers le campement pour préparer son paquetage. Robin le regarda s’éloigner avec un brin de tristesse. Il allait lui manquer. Il espéra qu’une fois que Petit Jean allait revoir sa femme et son fils, il ne déciderait pas de rester définitivement avec eux. Mais il ne pouvait que l’espérer. Cette décision ne lui appartenait pas. C’était à Petit Jean de le décider.

Robin à lui-même : « J’espère que tu nous reviendras mon ami ! »

Il se leva et retourna à l’intérieur du campement qui commençait à peine à se réveiller.


byoann  (19.08.2013 à 19:40)

Chapitre II

« A La chasse… aux hors-la-loi ! »

 

u même moment dans la chambre du shérif à Nottingham…

 

Le shérif enfilait une robe de chambre quand un garde frappa à la porte.

Le shérif, grognon : « Grrr… Ouuiiiii !»

Le garde entra et le salua.

Le shérif, de mauvaise humeur : « Quoi ? Qu’y-a-t-il encore ? »

Le garde : « Je viens vous faire mon rapport, Monseigneur ? »

Le shérif : « Un rapport ?... Sur quoi ? »

Le garde, surpris : « Mais sur Clun, Monseigneur. » 

Le shérif, se radoucissant et s’installant dans un fauteuil : « Ah oui ! Clun !... Alors ? Comment se déroule notre petite affaire ? »

Le garde : « Euh… Pas très bien, Monseigneur. »

Le visage du shérif se rembrunit aussitôt puis il se redressa lentement : « Que s’est-il passé ? » 

Le garde : « C’est le veilleur de nuit, Monseigneur. »

Le shérif : « Comment ça, le veilleur de nuit ?... Mais qu’est-ce qu’il a à avoir là-dedans, le veilleur de nuit ?... BON SANG ! ALLEZ ! PARLE ! IMBECILE HEUREUX ! »

Le garde, apeuré : « Il… Il s’est infiltré… dans… dans le village et… il… il leur a donné à manger… Monseigneur. »

Le shérif, ulcéré : « MAIS COMMENT EST-CE POSSSIBLE çA HEIN ? VOUS N’ETIEZ PAS CENSE EMPECHER QUICONQUE DE PENETRER DANS LE VILLAGE ? HUM ?... CE VILLAGE ETAIT EN QUARANTAINE. TU SAIS CE QUE CELA VEUT DIRE QUARANTAINE… HEIN ? EST-CE QUE TOI ET LES AUTRES ABRUTIS DE GARDE SAVAIENT CE QUE CELA SIGNIFIE… HUM ? »

Le garde : « Euh… »

Le shérif, l’interrompant : « FERME-LA ! ESPECE D’IDIOT ! CE N’ETAIT PAS UNE QUESTION MAIS UNE CONSTATATION. CELA CONFIRME QUE VOUS ÊTES TOUS DES IMBECILES !… GISBORNE !... ALLEZ ME CHERCHER GISBORNE !... IMMEDIATEMENT ! »

Le garde se précipita vers la sortie et courut jusqu’aux appartements de Gisborne. Ce dernier, mis au courant par le malheureux soldat, arriva quelques minutes plus tard à la porte de la chambre du shérif.

Le shérif, mécontent : « Entrez Gisborne ! »

Gisborne, sur un ton serein : « Vous m’avez fait appeler, Monseigneur ? »

Le shérif : « Oui ! Vous savez déjà sans doute pourquoi ? »

Gisborne : « C’est à propos de Clun ? Mon garde m’a dit… »

Le shérif, l’interrompant : « Vous devriez dire mon garde incompétent ! »

Gisborne : « Mais Monseigneur… »

Le shérif : « SUFFIT GISBORNE ! »

Le shérif s’était relevé de son fauteuil et s’était dirigé vers la fenêtre. Les bras croisés dans le dos, il tenta de reprendre son calme tout en réfléchissant à la suite qu’il entendait donner à cette affaire.

Le shérif, plus calme : « Gisborne… Nous avons mis le village de Clun en quarantaine sans en parler au conseil des nobles pour que… »

Gisborne, téméraire, le coupant : « Pour que cela ne se termine pas par un fiasco retentissant comme la dernière fois ! »

Le visage du shérif s’assombrit et il se tourna vivement vers lui. Mais contre toute attente, il n’explosa pas de colère et ne releva pas l’affront. Il poursuivit sur le même ton.

Le shérif : « …Pour qu’il soit mis à notre disposition pour l’opération Shah Mat. Mais le veilleur de nuit a tout fait raté dès la première nuit. On se demande d’ailleurs comment l’a-t-il su aussi vite. Même Locksley n’est pas encore intervenu ! »

Gisborne : « Ils sont de mèche tous les deux, Monseigneur. Je suis sûr que c’est Robin qui a envoyé le veilleur de nuit à Clun. »

Le shérif : « Peut-être bien... Toujours est-il que j’ai besoin que Clun soit vidé de ses habitants. Donc, est-ce une bonne chose que ce fouineur de veilleur de nuit vienne aider les villageois de Clun ? Réponse… Non ! Donc il va falloir qu’on s’occupe de lui. »

Gisborne : « Oui mais comment, Monseigneur ? »

Le shérif, s’avançant vers Gisborne : « Mais… En le laissant venir à nous tout bêtement ! »

Gisborne, surpris : « Comment ça ? »

Le shérif s’arrêtant devant Gisborne : « Hum… Cet après-midi, nous allons pendre quatre ou cinq prisonniers retenus dans mes cachots… Cela devrait faire sortir le loup du bois. N’est-ce pas ? »

Gisborne, septique : « Mais s’il ne vient pas ? »

Le shérif : « Oh il viendra ! Sinon tant pis… Cela fera un peu de place pour y mettre les habitants de Clun qui auront survécu. »

Gisborne : « Mais vous pensez que Locksley va rester sans rien faire ? »

Le shérif : « Oh le prince des culs-terreux ?... Hum… Il sera beaucoup trop occupé à aider les malheureux de Clun et de… Nettlestone… ? »

Gisborne, surpris : « Nettlestone ? »

Le shérif : « Mais oui Gisborne !... En plus de la quarantaine, que je maintiens à Clun, veillez à faire… du remue-ménage avec vos soldats à Nettlestone, hum ?... En apprenant la nouvelle, Robin devra diviser ses forces pour être sur les deux fronts à la fois. Ainsi, il n’aura pas le temps de se présenter ici pour venir en aide à son petit-ami, le veilleur de nuit. »

Gisborne, arborant un sourire en coin : « Oui, Monseigneur. »

Gisborne se retira dans sa chambre tandis que le shérif se mit à table pour manger son petit-déjeuner qu’un serviteur apporta au moment même où Gisborne quittait la pièce.

 

 

Dans les appartements de Gisborne…

Gisborne : « ALLAN ? »

Un garde, entrant dans la pièce : « Il se restaure aux cuisines, Monseigneur. »

Gisborne, souriant : « Evidement… Va me le chercher ! »

Le garde, en sortant : « Oui, Monseigneur. »

Quelques minutes plus tard, Allan fit son entrée dans la chambre de Gisborne.

Celui-ci était en train de se changer.

Allan, voyant Gisborne enfilant une chemise : « Ah… Et où allons-nous comme ça ? »

Gisborne : « Toi, tu vas nulle part. Tu restes ici. Je te charge de veiller à ce que la pendaison se déroule sans incident ? »

Allan, surpris : « La pendaison ? »

Gisborne : « Le shérif a ordonné de pendre quatre prisonniers cet après-midi. »

Allan : « Quatre prisonniers ? Mais pourquoi ? Qu’ont-ils fait ? »

Gisborne, impatient : « Peu importe ses raisons ! Tu exécutes les ordres sans discuter. Est-ce clair ? »

Allan : « Euh oui… Messire Guy… Et vous ? Vous serez où pendant ce temps-là ? »

Gisborne : « D’abord, je pars sur le champ à Clun pour veiller à ce que la quarantaine soit maintenue et ensuite… Je vais à la chasse ! »

Allan, surpris : « A la chasse ? »

Gisborne, s’approchant d’Allan : « A La chasse… Aux hors-la-loi ! D’après mes renseignements, ils se sont réfugiés à Nettlestone… »

Gisborne, mettant son épée dans son fourreau : « … Je mettrais le village à feu et à sang, s’il le faut, mais je vais les extirper de là. Fais-moi confiance ! »

Allan, dans un réflexe : « Oh, ça m’étonnerait ! »

Gisborne, surpris, releva la tête, fusilla Allan du regard et s’apprêta à riposter quand ce dernier, se rendant compte que ses propos pouvaient prêtaient à confusion, le devança.

Allan : « Enfin je veux dire… ça m’étonnerait que Robin se soit réfugié là-bas. »

Gisborne, avançant son visage très près de celui d’Allan : « Ah oui ?... Et comment le sais-tu ? »

Allan, pas très rassuré, recula un peu et se justifia : « Enfin je veux dire que euh… Robin ne mettrait jamais la vie des habitants de Nettlestone en danger… Euh… Juste pour trouver un abri d’autant plus… qu’ils ont un campement confortable bien à eux. »

Gisborne, s’avançant encore : « Campement dont tu refuses de nous indiquer l’emplacement. N’est-il pas vrai… Allan ? »

Allan, embarrassé, baissa la tête en reculant de quelques pas.

Allan, d’une voix presque inaudible : « Non. Non, je ne peux pas. Je regrette. »

Gisborne sourit devant la mine embarrassé d’Allan puis ouvrit la porte.

Gisborne, se retournant vers Allan : « Tu as bien compris tes ordres ? »

Allan : « Oui… La pendaison. »

Gisborne, souriant et en refermant la porte derrière lui : « C’est ça, la pendaison. » 

Allan à lui-même : « Han !… C’est pas vrai ! Mais comment je vais faire pour me sortir de là ? »

Allan se frotta le cou en se remémorant sa propre pendaison que Robin avait réussi à empêcher… Non ! Il doit absolument empêcher que cette pratique barbare ait lieu, surtout si c’est lui qui doit en surveiller le bon déroulement. Mais comment ?

Allan à lui-même : « Robin ! »

Mais voilà, comment le prévenir ? Allan n’était plus le bienvenu au campement. Il frissonna d’effroi lorsqu’il se remit à penser à son cauchemar de la nuit passée. Non, il ne pouvait pas lui en parler directement. Il faudrait trouver un intermédiaire qui accepterait de prévenir les hors-la-loi pour lui. Il n’y avait qu’une personne qui pouvait faire cela.

Allan à lui-même : « Je dois prévenir Marianne ! »

Il sortit de la pièce déterminé à faire échouer cette pendaison.


byoann  (26.08.2013 à 09:13)

Chapitre III

« Brûlez toutes les provisions que vous trouverez ! »

 

u campement des hors-la-loi…

Le petit-déjeuner se passa en silence. Tout le monde était triste à la pensée que Petit Jean partait quelques semaines à Scarborough car chacun redoutait qu’il ne revienne pas.

Robin : « Ne faites pas cette tête, les amis. Au contraire, nous devrions nous réjouir. »

Much, pessimiste : « Ah oui ? Nous réjouir ? Et de quoi ? »

Robin : « Petit Jean va retrouver sa famille. Ne devrions-nous pas être heureux pour notre compagnon ?... En tout cas, moi, je ne veux pas gâcher son bonheur. »

Robin alla déposer son écuelle vide sur la table et se retourna vers Petit Jean.

Robin : « Petit Jean, je suis heureux que tu partes rejoindre ta famille. Et si tu veux me faire encore plus plaisir, passe le plus de temps possible avec ta femme et ton fils. Comme ça à ton retour, tu auras plein de merveilleux souvenirs à nous raconter. »

Much, baissant la tête : « Oui… S’il revient ! »

Robin, sur un ton de reproche : « Much ! »

Puis le silence retomba sur le groupe. Preuve que Much avait dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Will fut le premier à briser le silence.

Will : « Non mais, Much a raison… Petit Jean, est-ce que tu vas revenir ? »

Petit Jean : « Mais, bien sûr que je vais revenir ! Quelle question ! »

Much : « Oui tu dis ça maintenant mais… Une fois que tu seras avec ta femme et ton fils… Ce sera peut-être plus difficile de rentrer à Sherwood en les laissant seuls… là-bas. »

Petit Jean, touché par leur affliction : « De toute façon, ils ne sont pas seuls… Ma femme… Ma femme est avec Luc le tonnelier maintenant… Et puis ma vie est ici… à Sherwood, avec vous, à aider les pauvres. »

Much : « Mouais ben… Pour le prouver, tu pourrais peut-être venir avec nous… Ce matin… Faire la livraison à Nettlestone et tu pourrais partir juste après. Hein ? Qu’en penses-tu ? »

Robin, n’approuvant pas : « Much ! Cela s’appelle du chantage ça ! »

Much : « Non, maître pas du tout ! Le chantage c’est lorsqu’on oblige quelqu’un à nous donner quelque chose ou à faire quelque chose pour nous. Alors que là, je n’oblige pas Petit Jean à venir à Nettlestone puisqu’il nous a dit que c’était toute sa vie. Par ailleurs, moi, je n’obtiens rien puisque c’est pour aider les pauvres. Donc vous voyez ce n’est pas du chantage ! »

Tout le monde se mit à sourire devant ses arguments plus que douteux. Touché par cette marque d’affection plutôt infantile, Petit Jean le fit également.

Petit Jean, souriant : « Et bien Much, chantage ou pas. J’accepte. Je partirais après la livraison à Nettlestone. Tu es content ? »

Much, tout souriant, en regardant Robin : « Oh moi, ça m’est égal ! Ce sont les pauvres de Nettlestone qui vont être contents… Non ? »

Robin : « Sûrement Much… Sûrement. »

Quand chacun eut terminé son repas, ils préparèrent les sacs qu’ils livreront. Petit Jean avait d’abord préparé ses affaires pour Scarborough puis il avait, comme les autres, préparé les provisions pour les villageois. Une fois les préparatifs terminés, la troupe se mit en route pour Nettlestone.

 

 

En arrivant à Nettlestone, la bande se divisa en deux groupes afin de faciliter la livraison. Celle-ci se passa sans aucune difficulté. Les habitants furent très reconnaissants pour les bons soins qu’ils leur procurèrent.

Certains, absents lorsque Robin et ses compagnons se présentèrent chez eux, ne découvrirent les provisions sur leur seuil de leur porte qu’à leur retour.

Soigneusement dissimulée, l’équipe s’assura tout de même que chacun avait bien les provisions qui lui étaient destinées.    

Rassurés et fiers de leur travail, ils retournèrent au campement afin de dire au revoir à l’un des leurs.

Une heure environ après le départ des hors-la-loi, Gisborne et ses hommes firent irruption dans le village. Les femmes et les enfants, apeurés, coururent se réfugier dans leur maison. Certains hommes restaient bravement à l’entrée de leur logis afin de protéger leur famille.

Gisborne à ses hommes : « Dispersez-vous et trouvez-les moi ! Si des villageois font obstacle à la justice, arrêtez-les ! S’ils vous menacent… Tuez-les ! »

Les hommes de Gisborne se dispersèrent et fouillèrent chaque maison méticuleusement.

Gisborne à l’un des ses hommes : « Hé toi ! Qu’attends-tu ? Vire-moi tout ça et regarde à l’intérieur s’il n’y a pas quelqu’un qui s’y cache ! »

Un villageois, suppliant : « Pitié Messire, non s’il vous plait ! C’est tout un mois de travail. Si vous les brisez, je n’aurais plus de quoi acheter à manger. Pitié, Messire ! »

 

Gisborne, cynique : « Et bien, tu n’auras plus qu’à tout recommencer. Un homme travail mieux et plus vite lorsqu’il a le ventre vide… A moins bien sûr que tu me dises où tu caches Robin des bois. »

Le villageois : « Mais je ne sais pas… Robin n’est pas ici… Je vous jure Messire qu’il n’est pas là ! »

Gisborne aperçut un des paniers, mal dissimulé sous un appentis, que les hors-la-loi avaient apporté à l’un des villageois. Il descendit de son cheval et s’agenouilla devant le panier pour l’examiner. Puis il se releva vivement en attrapant le panier puis se tourna vers le villageois.

Gisborne, furieux : « ET çA, HEIN ?... »

Il jeta furieusement le panier, garni de provision, sur le sol puis : « ROBIN ETAIT ICI IL N’Y A PAS SI LONGTEMPS. ALLEZ AVOUE-LE ! C’EST LUI QUI A APPORTE çA ICI, N’EST-CE-PAS ?... ALLEZ PARLE OU JE TE FAIS FOUETTER ! »

Le villageois, apeuré, baissant la tête : « Euh… Oui, Monseigneur ! »

Gisborne à ses hommes : « ROBIN EST PEUT-ÊTRE ENCORE ICI ! ALORS RETOURNEZ CHAQUE PIERRE DE CE VILLAGE S’IL LE FAUT. BRÛLEZ TOUTES LES PROVISIONS QUE VOUS TROUVEREZ ! MAIS TROUVEZ-MOI ROBIN OU L’UN DE SES COMPARSES ! »

Les hommes de Gisborne redoublèrent de zèle. Ils mirent à sac chaque maison du village. Les habitants, hommes, femmes et enfants qui essayèrent de les en empêcher étaient durement frappés. Les femmes seules, implorant qu’on épargne leur maison, étaient violentées. Certains soldats semblaient prendre du plaisir dans cette besogne. Les charrettes étaient vidées de leur contenu ou brûlées si elles étaient pleines. Les paniers de provisions qu’ils trouvaient étaient jetés dans les flammes devant une population impuissante. La vaisselle était brisée, les appentis saccagés quand ils restaient encore debout. Les autres étaient carrément détruits. Au bout d’une heure et demie, les hommes de Gisborne revinrent vers leur chef bredouille.

L’un de ses hommes, suivi de deux autres, tenant chacun un panier rempli de victuailles : « Nous n’avons rien trouvé d’autre, Messire, à part des paniers de provisions comme ceux-là. »

Gisborne hocha de la tête. Le soldat s’apprêtait à les jeter au feu lorsque Gisborne l’interrompit.

Gisborne : « Non ! Attends ! »

Gisborne arbora un sourire en coin en regardant la population apeurée qui l’observait et lui dit tout haut : « Emporte-les avec nous ! Nous devons nous restaurer avant de retourner à Nottingham. Nous allons faire un petit pique-nique sur les hauteurs du village et comme ça, nous pourrons voir si la bande de parasites viendra une nouvelle fois à leur secours. »

Ses hommes sourirent et discutèrent entre eux du bien fondé de l’idée de leur chef. Après s’être dépensés comme ils l’avaient fait et à l’approche de midi, ils commençaient à avoir faim. Ils l’approuvèrent donc tous bruyamment. Cela contrastait avec le silence des habitants encore sous le choc. Gisborne ordonna le rassemblement.

Certains soldats commençaient à piocher dans les paniers de provisions.

D’autres essayèrent de les en empêcher. De petites querelles éclatèrent ici et là. Profitant de cette diversion, un homme s’adressa à son fils de seize ans.

Le villageois : « Cours mon fils jusqu’à Knighton et raconte à ta cousine Gladys ce qui se passe ici. Elle est la servante de lady Marianne. Elle, seule, pourrait nous aider… Allez dépêche-toi mon fils… Cours ! Et ne te retourne pas quoi qu’il arrive, d’accord ? »

Le fils : « D’accord, père. »

Le père prit son fils dans ses bras puis : « Allez vas-y maintenant pendant que les soldats sont occupés ailleurs. »

Le fils s’apprêtait à s’enfuir quand son père le retint une dernière fois : « Et surtout ne tente pas de revenir. Reste chez ton oncle à Locksley en attendant que cela se tasse, promis ? »

Le fils : « Mais père… »

Le père : « Ne discute pas ! Fais-ce que je te dis ! Allez dépêche-toi mon fils… Cours ! »

Le jeune homme se cacha parmi les autres villageois pour arriver jusqu’à la dernière maison puis se mit à courir jusqu’à Knighton. Les soldats étaient trop occupés à se chamailler les victuailles pour remarquer quoi que ce soit.

Gisborne : « ASSEZ !... VOUS POURREZ VOUS RESTAURER UNE FOIS SUR LES HAUTEURS SEULEMENT ! ALORS A CHEVAL ! C’EST UN ORDRE ! »

Les soldats stoppèrent leur chamaillerie et foncèrent vers leurs chevaux. La troupe se mit en marche vers les hauteurs du village. Les habitants, groggys, les regardèrent s’éloigner restant seuls dans les décombres de leur village. Peu à peu, ils sortirent de leur torpeur et certains commencèrent à éteindre les charrettes en flammes tandis que d’autres essayèrent de ramasser ce qui pouvait encore être sauvé. Parmi les hommes qui éteignaient les incendies se trouvait le père qui avait envoyé son fils chercher de l’aide.

Le père, regardant les soldats s’installer sur les hauteurs : « Allez, Matthew ! Cours mon fils… Tu es notre seul espoir. »

 


byoann  (02.09.2013 à 09:05)

Chapitre IV

« Je vous en prie lady Marianne.

Aidez-nous, par pitié ! »

 

endant ce temps, à quelques kilomètres de là, au manoir de Knighton…

 

Edouard, visiblement inquiet, cogna à la porte de la chambre de sa fille.

Edouard : « Marianne… [Il cogna de nouveau]… Marianne, debout lève-toi ma fille… Marianne… »

De l’autre côté de la porte, Marianne dormant dans son lit : « Mumm…. »

Edouard : « Marianne ! »

Marianne, somnolente : « Mumm… Oui ? Qu’y-a-t-il, père ? »

Edouard : « Debout ma fille ! Il est largement le temps de se réveiller ! »

Marianne, les yeux clos et d’une voix sourde : « Oui… J’arrive. »

Edouard, excédé, finit par entrer dans la chambre de sa fille. Il se dirigea directement vers la fenêtre et ouvrit prestement les volets. La lumière inonda brutalement la chambre de Marianne ce qui l’obligea à se réveiller.

Marianne, relevant le drap jusqu’au menton : « Mais père qu’avez-vous ? Pourquoi faites-vous irruption, comme ça, dans ma chambre ? »

Edouard : « Parce qu’il est plus de onze heures du matin jeune demoiselle et que je dois absolument vous parler avant mon départ. Allez ! Ma fille ! Dépêchez-vous ! Il faut que… »

Il s’interrompit quand son regard se posa sur le costume du veilleur de nuit posé négligemment sur la commode à côté du lit de sa fille. 

« Oh non ! Je m’en doutais ! »

Marianne, regardant dans la même direction que son père : « Quoi ? Mais de quoi vous doutiez-vous ?

Edouard referma la porte puis fit le tour du lit et prit le costume dans ses mains.

Edouard : « Mais de ça ! »

Marianne : « Mais père, vous saviez déjà que j’étais le veilleur de nuit. Je ne vois pas en quoi cela peut vous troubler autant ? »

Edouard : « Cette nuit à Clun, c’était toi n’est-ce pas ?

Marianne, le regard franc : « Je suis effectivement allée à Clun cette nuit. Des gens étaient privés de nourriture là-bas et risquaient de mourir de faim. Il fallait bien les aider. Quand je suis rentrée il y a quelques heures, j’étais tellement fatiguée que je n’ai pas eu le temps de le ranger… [Lui prenant le costume des mains]… Merci ! »

Marianne, sentant qu’une autre dispute concernant le veilleur de nuit allait survenir, attrapa sa robe de chambre posée au pied de son lit et se leva en l’enfilant. Elle s’avança vers son père.

Elle se retourna et se dirigea vers une petite pièce adjacente où elle rangeait habituellement son costume de justicier nocturne.

Edouard, mécontent : « Tu aurais dû laisser Robin s’en charger ! »

Marianne, toujours dans la petite pièce d’à côté : « Robin ne peut pas être partout à la fois. »

Edouard : « Et toi non plus !... Imagine que ce soit Gisborne qui soit monté ce matin dans ta chambre pour te voir, hein ? Il aurait trouvé ton costume et tu aurais été perdu ! »

Marianne, revenant vers lui et espiègle : « Mais père, vous ne l’auriez pas autorisé à monter parler à une jeune fille dans sa chambre avant que celle-ci ne soit prête à le recevoir. Cela ne se fait pas, non ? »

Edouard : « Tu as réponse à tout, n’est-ce pas ?... N’empêche que je n’aime pas te savoir dehors en pleine nuit. »

Marianne soupira. Voulant à tout prix éviter une énième dispute au sujet de ses activités nocturnes, elle essaya de changer de conversation.

Marianne : « Vous m’avez dit que vous vouliez me parler avant votre départ, père ? De quoi s’agit-il ? »

Edouard : « Euh… Ah oui ! Comme tu le sais, je dois partir voir un de mes frères à Glasgow, en Ecosse, et donc … Je devrais m’absenter pendant plusieurs semaines… Et je préférerais que… »

Marianne, le pressant : « Vous préféreriez que quoi ? »

Edouard : « Je préférerais te savoir au château plutôt que toute seule ici ! »

Marianne : « Mais père ce n’est pas la première fois que vous vous absentez ! Pourquoi voulez-vous que… »

Edouard, maladroitement, l’interrompit : « A cause de ce que tu as fait à Clun ! »

Marianne, ne comprenant pas : « Ce que j’ai fait à Clun ? Je ne vois pas le rapport avec votre départ ! »

Edouard : « Après ta visite nocturne, Messire Gisborne est revenu à Clun ce matin et a maintenu la quarantaine… »

Marianne, le coupant : « Et vous ne voulez pas que j’y retourne cette nuit ! C’est ça ? Vous croyiez que si je réside au château, le veilleur de nuit se tiendra tranquille… Et bien père, vous vous trompez ! Car même si… »

Edouard, la coupant violement : « Une révolte a éclaté à Clun, Marianne !... Gisborne a fait saisir toute la nourriture en guise de représailles. Certainement quand les villageois lui ont appris que c’était le veilleur de nuit qui le leur avait donné ! »

Marianne : « Cela, vous n’en savait rien père ! »

Edouard : « Toujours est-il que les villageois se sont rebellés et ils s’en sont pris aux soldats de Gisborne ! »

Marianne, inquiète : « Et comment cela s’est-il terminé ? »

Edouard : « Gisborne a fait exécuter les meneurs sur le champ et il a fait arrêter d’autres villageois. Quelques uns ont réussi à s’échapper et à se réfugier dans la forêt. Tu peux être sûr qu’à présent Gisborne les traquera sans relâche. La région n’est plus sûr à présent… Surtout pour une jeune fille seule chez elle. »

Marianne, n’écoutant plus son père : « Dans la forêt ?... Bon alors, ils sont en sureté !... Non, Gisborne ne les pourchassera pas car il sait que Robin va les prendre en charge. »

Edouard, n’écoutant pas non plus sa fille : « … Et c’est pourquoi je voudrais que tu résides au château pendant mon absence ! »

Marianne, sarcastique : « Au château ? Avec l’homme qui exécute des malheureux qui meurent de faim. Vous trouvez que j’y serai en bien meilleur compagnie ? »

Edouard : « Il suffit Marianne !... Il pourra te protéger !... La discussion est terminée. Comme j’ai donné congé aux domestiques, tu partiras en même temps que moi pour Nottingham. »

Edouard se retourna et quitta la pièce.

Marianne, à voix basse : « Et qui me protégera de Gisborne ? » 

Marianne réfléchit quelques instants en faisant les cents pas dans sa chambre. Elle refusait de se réfugier au château où Gisborne pourrait la harceler sans relâche. Mais son père en avait décidé autrement.

Quand elle passa près de la petite pièce adjacente, son regard se posa sur son costume.

Elle imposait déjà la présence du veilleur de nuit dans la demeure de son père. Elle ne pouvait décemment pas lui en demander davantage. Résignée, elle passa derrière le paravent et s’habilla. Elle prépara quelques affaires pour Nottingham en prenant soin de bien cacher le costume du justicier nocturne. Elle viendrait chercher le reste plus tard ce qui lui donnerait une excuse pour s’absenter du château et ainsi aider les malheureux ou retrouver Robin…

Une fois prête, Marianne descendit rejoindre son père.

Edouard : « Veux-tu manger quelque chose avant notre départ ? »

Marianne : « Non merci, père. Je mangerai au château. »

Quelqu’un frappa à la porte. Edouard alla ouvrir. Un jeune homme se tenait debout essayant de reprendre son souffle. C’était Matthew, le jeune homme de Nettlestone.

Edouard : « Oui ? Que veux-tu ? »

Matthew : « Euh… Pourrais-je parler à Gladys, Messire ? »

Edouard : « J’ai donné congé aux domestiques. Gladys est rentrée chez elle à Locksley. »

Matthew, déçu : « Oh non ! »

Lorsque le jeune homme prononça le prénom de sa servante, Marianne, intriguée, s’approcha.

Marianne : « Pourquoi veux-tu la voir ? »

Matthew : « Vous êtes lady Marianne ? »

Marianne : « Oui… Et Gladys est ma servante. »

Matthew : « Je m’appelle Matthew, fils d’Owen Grégoire, meunier à Nettlestone. Il faut que vous nous aidiez. Par pitié ! »

Marianne, inquiète, fit entrer le jeune homme et l’invita à s’asseoir afin qu’il lui raconte ce qui se passe.

Matthew : « Gisborne est arrivé ce matin quelques heures après que Robin et ses compagnons soient venus nous apporter des provisions. Quand Gisborne s’en est aperçu, il a entièrement saccagé notre village et a brûlé nos provisions. Mon père m’a envoyé ici pour que je le dise à ma cousine Gladys afin qu’elle vous prévienne. »

Marianne, se sentant impuissante : « Oui, je comprends votre situation mais que puis-je y faire ? »

Matthew, embarrassé : « Tout le monde sait que vous êtes proches de Robin des bois et euh… Nous avons pensé que vous pourriez peut-être le prévenir pour qu’il vienne à notre aide. Gisborne et ses hommes sont en ce moment même sur les hauteurs de Nettlestone à attendre la venue des hors-la-loi... Je vous en prie lady Marianne. Aidez-nous, par pitié ! »

« Tu vois que j’avais raison ! La région n’est plus sûre. Raison de plus pour te réfugier au château. »

Marianne : « Pour l’instant, père, il ne s’agit pas de moi mais des habitants de Nettlestone. »

Edouard : « Que peux-tu y faire ? » 

Marianne au jeune homme : « Ne t’inquiète pas, je vais prévenir Robin… »

Edouard : « Marianne ! Je te le défends ! Ne te mêle pas de cette affaire. C’est beaucoup trop dangereux. »

Marianne : « Je ne vois pas en quoi cela peut-être dangereux. En allant à Nottingham, je passerais voir Robin pour le prévenir. C’est tout ! »

Edouard : « Mais Messire Gisborne l’attend à Nettlestone. Il saura que quelqu’un a prévenu Robin et… »

Marianne : « Et quoi ? Comment saurait-il que c’est moi ? Hein ? Je suis déçu par votre réaction, père. L’ancien shérif aurait compris que c’était mon devoir d’aider ces malheureux en prévenant Robin. »

Edouard : « Mais l’ancien shérif n’avait pas de fille qui… »

Il s’interrompit réalisant qu’ils n’étaient pas seuls.

Edouard, se reprenant : « …qui se prend pour un justicier. »

Marianne : « Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas besoin de justicier. Le shérif était là et cela suffisait. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. »

Edouard, voyant qu’il n’arriverait pas à faire entendre raison à sa fille, se tut. Marianne, déçue et en même temps craignant d’avoir été trop loin avec son père, reprit sa discussion avec Matthew.

Marianne : « Sois sans crainte. J’irais prévenir Robin. »

Elle prit une pomme dans la corbeille de fruits posée sur la table.

Marianne, avec un sourire bienveillant : « Tiens prends ça et va te réfugier chez ton oncle, tu y seras en sécurité. »

Le jeune homme, reconnaissant : « Merci beaucoup, lady Marianne. »

Il se leva et quitta le manoir en direction de Locksley où habitait sa cousine Gladys.

Marianne, à la porte, regardant le jeune homme s’éloigner : « Bon, je suis prête père. Nous pouvons partir quand il vous plaira. »

Les affaires de Marianne et d’Edouard étaient déjà chargées lorsque ce dernier ferma la porte du manoir de Knighton.

Marianne fit une partie du trajet avec son père mais, sur la route du nord, elle descendit de la voiture suivie par son père.

Edouard, embrassant sa fille : « Fais bien attention à toi ma fille ! »

« Oui, père. Ne vous inquiétez pas. Je suis une grande fille à présent. »
« Et c’est bien ce qui m’inquiète… [Marianne fit la moue]… Et bien quoi ? Un père n’a-t-il plus le droit de s’inquiéter pour sa fille ? » 

Marianne, embrassant à son tour son père : « Si. Bien sûr, père. »

Elle l’aida à remonter dans la voiture tandis que l’un des cochers avait amené près de Marianne, les deux chevaux qui étaient attachés à l’arrière de l’attelage.

Marianne : « Soyez prudent également père. La route est longue jusqu’à Glasgow. »

Edouard à la fenêtre : « Je suis fier de ma fille ! »

Marianne, surprise, ne sut que répondre. Elle était profondément touchée par ses paroles qu’elle savait sincère. Au fond, il ne le montrait pas mais il était fier d’elle. Elle mit alors ses reproches passés sur le compte de l’inquiétude d’un père envers sa fille. Elle lui sourit chaleureusement tandis que la voiture commençait à se mouvoir en direction du nord. Même s’il ne pouvait pas la voir, elle lui fit tout de même un signe de la main en guise de revoir jusqu’à ce que la voiture disparaisse totalement dans la forêt. Elle soupira profondément puis se tourna dans la direction opposée.

Marianne, montant sur son cheval et tenant l’autre par les rennes : « Bon maintenant, il faut que je voie Robin. »

Elle prit la direction du camp des hors-la-loi.


byoann  (09.09.2013 à 08:40)

Chapitre V

« Bon voyage et reviens-nous vite, Petit Jean ! »

 

endant ce temps, au campement des hors-la-loi…

L’heure n’était pas aux réjouissances. A son retour de Nettlestone, Petit Jean prit ses affaires et commença à saluer ses compagnons.

Petit Jean : « Bon, je suis prêt maintenant. Je vais pouvoir y aller. »

Robin s’avança le premier et le prenant dans ses bras : « Reviens-nous vite et en pleine forme, mon ami. »

Sachant qu’il allait rejoindre sa famille, Petit Jean allait déjà beaucoup mieux. Il souriait à pleine dent. 

Petit Jean : « D’accord Robin… [Pointant du doigt le reste de la troupe]… Et veille bien sur eux. »

Robin acquiesça de la tête en souriant puis recula vers ses compagnons. Djaq s’avança alors pour l’embrasser.

Djaq : « Donne le bonjour de notre part à ta femme et à ton fils. »

Petit Jean, ému : « Je n’y manquerai pas. »

Djaq s’essuya discrètement les yeux avant de retourner auprès de ses compagnons. Will s’avança en portant un paquet enveloppé d’une couverture qu’il tendit à Petit Jean.

Will : « Tiens... C’est un cadeau pour ton fils de notre part à tous. »

Petit Jean fut très touché par ce geste. Il défit la couverture dans laquelle était emballé le cadeau et découvrit qu’il s’agissait d’un arc, taillé pour un enfant accompagné d’un carquois rempli de quelques flèches.

Will : « Pendant que tu seras là-bas, tu auras tout le temps de lui apprendre à s’en servir. »

Prenant Petit Jean dans ses bras, Will : « Bon voyage et reviens-nous vite, Petit Jean ! »

Les deux hommes se séparèrent. Petit Jean donna une tape amicale sur l’épaule de Will.

Petit Jean, ému, larme à l’œil : « Merci beaucoup les amis. J’apprécie beaucoup… »

N’ayant pas l’habitude d’exprimer ses sentiments devant tout le monde, il s’arrêta là mais tous avait compris ce qu’il avait voulu dire. Il se tourna alors vers Much. Ce dernier était le seul à offrir un visage fermé à Petit Jean. Il ne voulait pas qu’il parte et cela se voyait à son expression boudeuse. D’un naturel casanier, il n’aimait pas que l’on change ses habitudes trop souvent. Il aimait sa vie dans les bois avec tout son petit monde autour de lui alors il craignait ce voyage. Il avait peur que Petit Jean ne revienne pas.

Petit Jean : « Much ? »

Comme un enfant boudant son père, Much, résigné et visage fermé, s’avança vers lui. Petit Jean le prit dans ses bras.

Petit Jean : « Ne t’inquiète pas, je reviendrai. »

Much : « Tu es sûr ? »

Petit Jean : « Mais oui, j’en suis sûr… Je t’en fais la promesse. »

Much, s’écartant de lui : « C’est vrai ?... Tu le promets ? »

Petit Jean : « Je te le promets… Mais toi, tu peux faire quelque chose pour moi. »

Much, très attentif : « Oui, tout ce que tu veux !... Qu’est-ce que c’est ? »

Petit Jean à voix basse : « Veille bien sur Robin pendant mon absence. »

Much, retrouvant le sourire : « Sans problème. Tu peux compter sur moi. »

Petit Jean tapota les épaules de Much qui reprit sa place parmi les hors-la-loi. Puis il se tourna pour ramasser et charger ses affaires sur ses épaules. En se retournant une dernière fois vers ses compagnons, il brandit devant lui le cadeau pour son fils.

Petit Jean, reconnaissant : « Merci… Et à bientôt les amis. Je... »

Will, les yeux grands ouverts, regardant derrière Petit Jean, l’interrompit : « Un cavalier approche ! »

Petit Jean jeta ses affaires sur le côté et prit son bâton à deux mains tandis que Will brandissait sa hache et Robin, Djaq et Much leurs épées. Au fur et à mesure que le cavalier approchait, la bande reconnut le cheval de Marianne. Ils se détendirent aussitôt.

Robin : « C’est Marianne ! »

Djaq : « Oui mais il y a un autre cavalier avec elle ! »

Soucieux, ils attendirent que Marianne arrive à leur hauteur. Ils furent totalement rassurés quand ils virent qu’il n’y avait pas de cavalier sur le deuxième cheval.

Robin aidant Marianne à descendre de cheval : « Tu arrives à temps pour dire au revoir à Petit Jean. »

Marianne, surprise : « Ah oui ? Pourquoi ? Il quitte la bande ? »

Robin : « Non, il va juste passer un peu de temps avec sa famille à Scarborough. »

Marianne : « Ah !... Mais je ne suis pas sûr que cela soit une très bonne idée de partir en ce moment. »

Robin, inquiet : « Pourquoi ? Que se passe-t-il ? »

Marianne : « Il y a eu des échauffourées à Clun et à Nettlestone. »

Much, étonné : « A Nettlestone ? Mais on en vient ! On y a fait des livraisons ce matin ! »

Marianne : « Je sais. Ça s’est passé quelques heures après votre départ. Gisborne a confisqué toute la nourriture à Nettlestone. Et en plus, il a maintenu la quarantaine à Clun. »

Will, surpris : « Clun est en quarantaine ? »

Marianne : « Oui, depuis hier soir. Le shérif a ordonné à Gisborne d’y imposer une quarantaine. Evidement, il n’a pas pris la peine d’en avertir le conseil des nobles. C’est un marchand ambulant qui revenait de Clun quand les hommes du shérif y sont arrivés qui a tout raconté à mon père. Comme j’ai écouté leur conversation depuis ma chambre, j’ai décidé d’intervenir et j’y ai passé toute la nuit. »

Robin, sur un ton de reproche : « Tu l’as fait toute seule ?... Marianne, tu aurais dû nous prévenir. C’est à nous de s’occuper de ce genre de chose. »

Marianne, agacée : « Oh Robin… Je croirais entendre mon père ! Et puis de toute façon, je n’avais pas le temps de te prévenir. Il fallait faire vite avant que la quarantaine ne soit pleinement effective. Bref… Toujours est-il que Gisborne est revenu ce matin et l’a renforcé puis a confisqué toute la nourriture. »

Robin en colère contre Gisborne : « Et pour Nettlestone ? »

Marianne : « Ce matin, un cousin de Gladys est venu à Knighton pour demander de l’aide. Gisborne a vu les provisions que vous aviez apportées aux villageois. Il a cru que vous y étiez encore. Il a saccagé le village et brûlé toutes les provisions. A l’heure actuelle, il est toujours sur les hauteurs de Nettlestone à vous attendre. »

Will : « Il s’attend à ce que nous réapprovisionnons les villageois. »

Robin : « Oui ! Et c’est exactement ce que nous allons faire ! »

Much, inquiet : « Quoi ?... Mais maître, on ne va tout de même pas se jeter dans la gueule du loup ? »

Robin : « Et que veux-tu qu’on fasse hein ?... Qu’on reste ici, les bras croisés, pendant que les villageois de Clun et de Nettlestone meurent de faim ? »

Much : « Non, bien sûr ! Mais on devrait tout de même avoir un plan avant de s’engager, non ? »

Robin, espiègle : « Oh mais j’en ai un !... Enfin presque ! »

Much : « Oh je n’aime pas ce regard ! »

Robin : « Quoi ? Quel regard ? »

Much : « Oh ben celui qui dit que je vais me retrouver encore dans une situation impossible ! »

Djaq : « Oh dis plutôt que tu as peur ! »

Much : « Non je n’ai pas peur mais j’aime bien savoir où vont… mes pieds avant… d’y être. »

Much, se reprenant : « Enfin je veux dire… »

Djaq, le coupant : « Oui, bon ! Nous avons tous bien compris ce que tu voulais dire Much !... Robin ?... Comment comptes-tu t’y prendre ? »

Robin, plus sérieux : « Nous devons nous diviser en deux groupes. Will et toi vous irez réapprovisionner Clun. Much et moi nous nous réservons… »

Petit Jean, l’interrompant : « Et moi ! »

Robin : « Et ta famille ? »

Petit Jean : « Tu divises déjà tes forces alors ce n’est pas le moment de diminuer les troupes. »

Robin mit sa main sur son épaule : « Merci, Petit Jean ! »

Robin au reste de l’équipe : « Much, Petit Jean et moi, nous irons à Nettlestone. Allez chercher ce qui reste de nos provisions. Nous leur donnerons tout ce que nous avons.»

Much : « Ben et nous alors ? Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir manger ? »

Robin, souriant : « Mais la forêt regorge de gibier mon ami. Dès notre retour, j’irai à la chasse et je te rapporterai une demi-douzaine de lapin et une belle biche. Est-ce que cela te va, Much ? »

Much, faisant la fine bouche : « Ouais ça peut aller ?... Une demi-douzaine seulement ?... Vous vieillissez maître ! »

Robin fit semblant de lui courir après puis : « Allez va te préparer au lieu de raconter des bêtises. »

Petit Jean alla ranger ses affaires tandis que les autres remplissaient déjà des paniers et des tonneaux avec le reste de leurs victuailles.

Robin, apercevant le cheval chargé de Marianne : « C’est ta contribution pour les pauvres de Nettlestone tout ça ? »

Marianne, se dirigeant vers son cheval : « Non ! Ce sont mes affaires. Mon père est parti en Ecosse et il veut que je m’installe au château. »

Robin, aidant Marianne à monter à cheval : « Et tu fais toujours ce que te dis ton père ? »

Marianne, avec le sourire en coin : « Oui ! Toujours !... Pourquoi ? »

Robin, espiègle : « Je ne sais pas… Euh…Tu pourrais venir… Euh… T’installer ici au camp avec moi… Enfin je veux dire avec nous. »
Marianne, souriant : « Dans les bois ? …Seule parmi une bande de dangereux criminels ?... Tu n’y penses pas ? Mon père ne serait pas du tout d’accord ! »     

Robin : « Il ne le saura pas…On n’aura qu’à rien lui dire ! »

Marianne : « Et puis tu seras terriblement occupé ces jours-ci car, bien entendu, je ne pourrai pas venir avec vous, n’est-ce pas ? »

Robin, gêné : « Et bien c’est que… C’est trop dangereux pour l’instant ! »

Marianne : « Je men doutais. Dans ce cas, je préfère ma prison dorée de Nottingham à celle de Sherwood. Même si Gisborne… »

Robin, jaloux, l’interrompit : « Ah Gisborne !... C’est à cause de lui que tu préfères Nottingham ? »

Marianne, souriant de sa jalousie : « Je disais donc même si Gisborne n’arrêtera pas de me tourner autour, je préfère avoir affaire à une nounou collante plutôt qu’à une nounou qui ne me laisse jamais rien faire et qui me sous-estime. »

Elle talonna son cheval et prit la direction de Nottingham.

Robin, d’une voix forte : « Hé !... Jamais je ne t’ai sous-estimé. »

Marianne déjà loin : « Bien entendu ! » 

Robin, criant : « JAMAIS ! TU M’ENTENDS ? »

Marianne ne put s’empêcher de rire. Pour éviter que Robin ne l’entende, elle mit son cheval au galop. Il la suivit des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans la forêt.

Robin, souriant, à lui-même : « Elle est folle de moi ! »

Puis il reporta son attention sur le reste de l’équipe qui venait de terminer de préparer les provisions.

Robin : « Much ? Tu vas être content ! »

Much : « Ah oui ? Pourquoi ? »

Robin : « Parce que nous allons nous restaurer avant de partir en mission. »

Pendant que les autres rirent, Much, vexé : « Ah c’est très amusant ! A vous entendre, on dirait que je ne pense qu’à manger ! »

Robin, mettant son bras sur les épaules de Much et lui tapotant le ventre : « Tu conviendras mon ami qu’il t’arrive souvent de te plaindre de ton estomac, non ? »

Much se défit brutalement de Robin et partit bouder à l’écart du groupe pendant que celui-ci s’installait pour manger.

Robin : « Bon ! Et bien cette fois c’est moi qui vais faire la distribution ! »

Le repas fut très léger. Il se composait pour chacun des convives seulement d’une miche de pain, d’un morceau de formage et de quelques fruits. Pendant qu’ils se restaurèrent, Robin fit ses recommandations.

Robin : « Will, Djaq. Faites bien attention à Clun. Si le cordon sanitaire est infranchissable, faites comme nous l’avions fait, Roy et moi. Mettez-vous sur les hauteurs et tirez vos flèches chargées de nourriture en essayant de ne blesser personne. »

Will : « Mais les gardes vont s’en apercevoir ! »

Robin : « Changez régulièrement d’endroits. Tirez une dizaine de flèches chacun et déplacez-vous à un autre point de tir, d’accord ?... Et puis dès que vous n’avez plus de flèches, rejoigniez-nous à Nettlestone. »

Djaq et Will : « Entendu ! »

Robin, regardant Much et Petit Jean : « Nous, nous nous occuperons de Nettlestone. »

Petit Jean : « Cela va être plus dur. On va avoir tout un bataillon de soldats à nos trousses. » 

Robin, songeur : « Oui, cela va être plus dur ! »

Much, au loin : « Maître, vous avez un plan au moins ? »

Robin : « Mais oui bien sûr que j’ai un plan. Ne te l’ai-je pas dit tout à l’heure ? »

Much, se rapprochant du groupe : « Non, vous avez simplement dit que vous aviez presque un plan. »

Robin : « Oui et alors ? C’est pareil ! »

Much : « Ben j’aimerais quand même le connaitre ! »

Voulant peaufiner son plan une fois arrivé sur place, Robin, se levant et rangeant son écuelle : « Non, plus tard Much. Je te le ferai connaître dès que nous y serons ! »

Much : « Ben voyons ! »

Ils finirent rapidement leur repas, prirent les provisions et se mirent en marche vers Clun et Nettlestone.

Finalement, le voyage de Petit Jean fut remis à plus tard.


byoann  (16.09.2013 à 19:15)

Chapitre VI

« Bien oui ! Toi, moi et le veilleur de nuit ! »

u même moment, Marianne arriva au château de Nottingham…

En pénétrant dans la cour du château, elle remarqua tout de suite la potence dressée pour quatre malheureux condamnés.

Sortant du château, Allan descendit les escaliers et vint à sa rencontre.

Il attrapa la bride du cheval que montait Marianne afin de l’aider à mettre pied à terre.

Allan, surpris : « Lady Marianne ? »

Marianne : « Bonjour Allan ! »

Allan, se reprenant : « Euh oui... Bonjour. Mais qu’êtes-vous venue faire ici ? Si, c’est Gisborne que vous venez voir, il vient de partir. »

Marianne : « Gisborne ? Non. C’est mon père. Il veut que je réside au château durant son absence. »

Allan : « Ah très bien… »

Allan, regardant autour de lui pour voir si personne ne les observait : « Et puis cela tombe bien que vous soyez là car je vais avoir besoin de vous. »

Marianne : « De moi ? »

Elle se tourna vers la potence.

Marianne : « Cela a-t-il un rapport avec ceci ? »

Allan regardant furtivement autour de lui et tout bas : « Oui. Gisborne m’a confié la responsabilité de la pendaison. Je ne sais pas si vous voyez ? »

Marianne : « Non ! Pourquoi ? En tant que bras droit de Gisborne, il est normal qu’il te confie ce genre de travail. Ce n’est pas ce que tu voulais ? »

Allan, blessé, ne sut que répondre : « Non… »

Il tapota le cheval puis : « …En tout cas, je sais ce que ça fait de se balancer au bout d’une corde. Et je peux vous dire que je n’ai pas aimé ça. Alors le faire à un autre… Je ne peux pas ! »

Marianne : « Et bien demande à un autre de s’en charger ! »

Allan : « Oui mais à qui ? »

Marianne : « Euh… Je ne sais pas… Demande à Guy de… ? »

Une voix, derrière eux, les interrompit : « Non, Gisborne est indisponible pour le moment ! »

C’était le shérif, les mains derrière le dos, qui descendait tranquillement les marches du château en admirant la potence.

Marianne, le saluant : « Monseigneur. »

Le shérif, regardant Marianne : « Alors ma chère ? Que me vaut l’honneur de votre visite ?... Si tant est que cette visite est pour moi ! »

Allan, voyant qu’il ne pourrait plus parler à Marianne en privé, prit les rennes des chevaux et les conduisit à l’écurie. Puis il emmena les affaires de Marianne dans les appartements généralement réservés aux invités. Pendant ce temps, le shérif et Marianne continuaient leur discussion.

Marianne : « Oui, Monseigneur, elle est pour vous. Mon père est parti pendant quelques semaines visiter un de mes oncles, malade en Ecosse. Et étant donné l’insécurité qui règne en ce moment dans le comté, il a pensé qu’il serait plus prudent pour une jeune fille, seule, comme moi de… »

Le shérif, finissant sa phrase : « De vous réfugiez chez moi… N’est-ce pas ?… Votre père prendrait-il mon château pour une auberge pour jeune pucelle de bonne famille, hum ? »

Marianne, blessée par sa remarque, ne répondit pas.

Le shérif, content de lui : « Mais ceci dit, il a raison… Vous êtes la bienvenue sous mon toit. Et puis je m’en voudrais de priver Gisborne d’admirer votre joli petit minois. N’est-ce pas ? »

Le shérif sourit puis plus sérieux : « Quant à l’insécurité, jeune demoiselle, je vais faire tout ce qu’il faut pour étouffer dans l’œuf cette rébellion naissante. »

Marianne, dédaigneuse, regardant la potence : « Avec ceci ? »

Le shérif lui sourit : « Oui, absolument !… Et je tiens à ce que vous soyez à mes côtés pour assister au spectacle. »

Marianne, dégoutée : « Vous appelez cela un spectacle ? »

Le shérif : « Bien sûr, gente dame !... Vous assisterez et, ce faisant vous aiderez, alors à rendre la justice. Cet évènement servira d’exemple à tous ces faquins qui bafouent la loi et la justice quotidiennement et, de ce fait, bafouent notre Roi. Par conséquent, s’opposer à cette pendaison c’est comme s’opposer à notre Roi lui-même. Vous opposeriez-vous à notre Roi, Marianne ?»

Marianne, coincée : « Non, Monseigneur. »

Le shérif : « Bien... Je suis content que vous soyez de mon avis… Pour une fois… Bon, je vais vous accompagner jusqu’à vos appartements pour que vous puissiez vous changer… pour le spectacle. Cela commence dans une heure. Tâchez d’être prête de bonne heure… afin de pouvoir être au premier rang. Le début, c’est qu’il y a de plus intéressant ! Cela serait dommage que vous manquiez ça ! »

Marianne, faisant profil bas : « Oui, Monseigneur. »

Le shérif se délectait du malaise de Marianne provoqué par la pendaison. Il la raccompagna jusqu’à la porte de sa chambre. Puis, souriant, il la salua et se dirigea vers son bureau. Marianne, d’abord souriante face au shérif, fulmina de rage lorsqu’elle ferma la porte de sa chambre derrière elle.

Marianne, en colère : « Bon sang ! Ce satané shérif… Je vais lui faire ravaler sa morgue à ce benêt… Non mais pour qui se prend-il celui-là ? »

Une voix, derrière elle : « Ben pour le shérif ! »

Marianne sursauta et se retourna vivement en pointa sa dague sous la gorge de son visiteur. C’était Allan qui l’attendait dans sa chambre et qui, lorsqu’il a entendu le shérif, s’était caché derrière le rideau. Puis il en était sorti une fois qu’il fut sûr que Marianne se trouvait bien toute seule.

Allan, inquiet : « Et non… Attendez… Ce n’est que moi ! »

Marianne, rengainant son arme : « Tu as du toupet de te trouver ici ! »

Allan : « Oui je sais mais… J’avais besoin de vous parler. »

Marianne, commençant à ranger ses affaires : « Oui, c’est à propos de la pendaison ? »

Allan : « Oui, il faut absolument avertir Robin et les autres. Le shérif les fait pendre sans aucune raison. Il faut absolument l’en empêcher. »

Marianne : « Attends !...Tu veux que, moi, je t’aide, toi Allan, à faire obstacle aux plans du shérif ; qui je te le rappelle est ton employeur ?... Si tu veux contrecarrer les plans du shérif, tu n’es pas dans le bon camp Allan ! »

Allan, vexé : « Oh c’est bon... C’est un peu rude, non ? »

Marianne : « Peut-être mais c’est la vérité. Tu ne peux pas à la fois contrecarrer les manœuvres du shérif et travailler pour Gisborne, Allan. »

Allan, ennuyé : « Oui… Je sais !... Mais vous allez quand même m’aider n’est-ce pas ? »

Marianne souffla puis : « Bien sûr que je vais t’aider… Mais un jour, tu devras faire un choix et t’y tenir. Et je pourrais t’aider si tu voulais… Tu peux choisir une autre voix que celle-ci, Allan. Moi, je sais que tu n’es pas à ta place ici ! »

Allan, embarrassé : « Euh... Oui bon… Si on commençait par… cette pendaison. »

Marianne, résignée : « D’accord !... Commençons par ça ! »

Allan, rassuré : « Parfait. Donc il faut que vous préveniez Robin… »

Marianne, l’interrompant : « Non, on n’a pas le temps. Robin et les autres s’occupent déjà des villageois de Clun et de Nettlestone. La pendaison est dans moins d’une heure. On ne pourra pas les prévenir à temps. C’est à nous de nous en charger ! »

Allan, inquiet : « Hein ? »

Marianne : « Oui. Nous ! Tous les trois ! »

Allan, encore plus inquiet : « Quoi ? Comment ça Nous, tous les trois ? »

Marianne : « Bien oui ! Toi, moi et le veilleur de nuit ! »

Allan, secouant vivement la tête : « Oh non, non, non, non, non… Non. Non. Ce n’est pas une bonne idée ! »

Marianne : « De quoi ? »

Allan : « Le veilleur de nuit ! »

Marianne : « Ah oui et pourquoi ? »

Allan : « Parce que Robin m’étriperait s’il apprenait que j’ai aidé le veilleur de nuit à défier le shérif… en pleine journée… dans son château… truffé de soldats des cachots au grenier ! »

Marianne, moqueuse : « Je crois que si Robin veut te tuer c’est pour une autre raison, Allan ! »

Allan, piqué au vif, la regarda sans répliquer.

Devant sa mine vexée, Marianne redevint sérieuse : « Et puis de toute façon, Robin n’est pas là ! »

« Oui mais quand même… C’est beaucoup trop dangereux ! »

Marianne : « Oh non ! On croirait entendre Robin. »

Allan : « Mais Robin a raison… Enfin je veux dire que… »

Marianne, le coupant : « Tu as une meilleure idée pour éviter la corde à ces pauvres malheureux ? »

Allan, déconfit : « Non…Non, je n’en ai pas de meilleures. »

Marianne : « Bon. Alors je peux compter sur toi ?... Tu veux bien m’aider ? »

Allan, résigné, lâcha : « Oui... Mais tout de même… J’aurais préféré que Robin soit là. »

Réalisant que si ce dernier était présent, le cauchemar de la nuit passée risquait de devenir réalité. Il frissonna d’effroi. Marianne, amusée, voulut lui faire remarquer l’incongruité de sa réflexion. Mais Allan, voulant éviter une autre de ses répliques cinglantes, la coupa dans son élan.

Allan : « Mais vous avez un plan ? »

Marianne se mit alors à penser à Robin à qui on demandait souvent la même chose. Mais, lui, il le faisait quotidiennement avec tant de facilité que, pour Marianne, cela lui sembla être une chose aisée. Mais maintenant qu’elle se trouvait à sa place, elle se rendit alors compte de la lourde tâche qui reposait sur ses épaules dans ses moments-là.

Allan, impatient : « Alors ? »

Marianne, revenant de ses réflexions existentielles et réfléchissant à un plan d’action : « Je crois que j’ai un plan… Enfin presque. »

Croyant entendre parler Robin, Allan dans sa tête : « Hum !... On devrait les marier ces deux-là ! »

Marianne, regardant par la fenêtre et montrant à Allan : « Voilà ce que l’on va faire. Tu vas amener un cheval au pied de cette tour, là, mais de l’autre côté des remparts. Et puis, tu vois les gardes là-bas ?... [Allan acquiesça en silence]… Tu vas les occuper un moment pour que je puisse monter en haut de la tour avec les affaires du veilleur de nuit. Mais avant ça, je voudrais que tu enduises de poix le bas de la potence, là-bas, tu vois près de la charrette. Hein ? »

Allan, surpris : « De poix ? »

Marianne : « Oui mais juste une petit peu. Il ne faut pas que cela se voit de trop. »

Allan : « D’accord… Mais où est-ce que je vais bien pouvoir trouver de la poix, moi ?... Et puis pourquoi faire ? »

Marianne, un peu agacée : « Regarde à l’armurerie du château ou dans les entrepôts ! Le shérif doit certainement y stocker quelques tonneaux. »

Allan, un peu perdu : « Bon, d’accord très bien et ensuite ? En quoi cela va nous aider ? »

Marianne : « Et bien dès que les gardes amèneront les prisonniers, j’apparaîtrai en haut de la tour. Puis je tirerai deux ou trois flèches enflammées sur le gibet. La poix s’enflammant très vite, la potence devrait rapidement s’embraser. Cela devrait provoquer un mouvement de panique dans la foule qui pourra peut-être permettre au prisonnier de s’échapper. Et puis sans potence, pas de pendaison ! Non ? »

Allan, pas très convaincu : « Mais… Et les gardes ? »

Marianne : « Ils seront très occupés. En plus de l’agitation de la foule venue assistée à la pendaison, les gardes devront également maitriser l’incendie et surveiller les prisonniers. »

Allan, pointant du doigt les archers sur le rempart d’en face : « Mais vous oubliez les archers ! »

Marianne : « Mais je n’apparaîtrai que quelques minutes. Juste le temps de tirer deux ou trois flèches maximum. Puis je m’enfuirai en descendant de la tour avec une corde que j’aurai apporté avec les affaires du veilleur de nuit. »

Allan, réfléchissant : « Bon… Et comment allez-vous justifier votre absence auprès du shérif ? »

Marianne : « Je préviendrai un domestique que, n’ayant pas de quoi me changer, je suis retournée à Knighton chercher le reste de mes affaires. Il corrobora mes dires si jamais le shérif se pose trop de questions avant que je n’ai pu regagner ma chambre. »

Allan souffla bruyamment puis : « Que tout cela est donc chanceux ! Si jamais…»

Marianne, le coupant : « Oui mais on n’a pas le choix ! Allez ! Va mettre un peu de poix sur la potence avant qu’il n’y ait davantage de gens dans la cour venus assister au spectacle comme dirait le shérif. Pendant ce temps, je prépare les affaires du veilleur de nuit. »

Allan : « Bon d’accord, j’y vais… Et bonne chance ! »

Marianne le regarda s’éloigner.

Marianne, dans sa tête : « Il n’est pas si mauvais après tout ! »

Elle se rendit compte alors qu’il était capable de compassion envers les autres et qu’il allait risquer sa vie pour des inconnus et cela conforta l’idée qu’elle se faisait de lui : C’était un homme bien qui avait juste commis une erreur.

Marianne : « Merci… A toi aussi… On va en avoir besoin et… »

Elle s’avança vers lui : « …Allan ? Merci de m’aider à sauver ces malheureux. »

« Non, merci à vous. C’est moi qui vous l’ai demandé et puis… C’est mon… »

Gêné, il s’arrêta net. Il allait lui dire que c’était son devoir. Mais depuis qu’il avait quitté Robin, ce n’était plus son devoir. C’était même le contraire. C’était dans ses moments-là qu’il regrettait le plus son départ de la bande. Mais il ne se l’avouait jamais. Mais là, et devant témoin de surcroit, il devint évident pour lui qu’il n’était pas dans le bon camp.

Allan se racla la gorge puis : « Bon ben j’y vais ! »

Marianne : « Merci… Et Allan ?... Surtout n’oublie pas le cheval ! »

Il sortit de la pièce puis du château et se dirigea immédiatement vers le maréchal-ferrant de la ville pour y louer un cheval. Il ne pouvait pas prendre un des chevaux dans l’écurie du shérif car il risquerait d’être reconnu. Il l’attacha, côté ville, au pied de la tour attenante aux remparts entourant le château que Marianne lui avait montrait. Puis il retourna dans la cour. Voyant de plus en plus de monde arrivait pour assister à l’exécution, il se dépêcha de se rendre dans sa chambre pour prendre sa cape puis fila à l’armurerie où il trouva, à son grand soulagement, un tonneau de poix. Il en prit une petite quantité dans un récipient qu’il trouva sur l’une des étagères. Puis muni d’un linge également trouvé sur l’étagère, il retourna discrètement dans la cour. Dissimulé par sa cape, il badigeonna de poix la face du pied du gibet visible depuis la tour où se tiendrait Marianne. De temps à temps, il scruta les alentours pour voir si on ne le regardait pas. Cependant, il ne pouvait pas surveiller ses arrières.

Soudain, une voix derrière lui se fit entendre : « Mais qu’est-ce tu fais ? »

Allan tourna légèrement la tête et fut surpris de constater qu’il agissait de Gisborne revenant avec ses hommes de Nettlestone.

Gisborne, impatient : « Alors tu vas répondre ? »

Allan se retourna vers la potence pour dissimuler le récipient de poix sous son manteau puis se tourna entièrement vers Gisborne en souriant.

Allan : « Moi, rien… Je vérifiais seulement l’état de la potence, c’est tout. »

Il tapota la potence avec sa main libre.

Allan : « Oh c’est bon… C’est solide ! »

Gisborne, ne sachant pas trop s’il fallait le croire, fit comme si. Il soupira puis s’adressa à ses hommes.

Gisborne : « Ramenez les chevaux aux écuries puis revenez ici dans un quart d’heure ! Vous sécuriserez les lieux pendant la pendaison. »

Ses hommes filèrent aux écuries pendant que Gisborne descendit de cheval. Profitant que celui-ci lui tournait le dos pendant qu’il descendait de son cheval, Allan se débarrassa hâtivement de la poix en la jetant dans une charrette attenante à la potence. Celle-ci tapissée de paille devait servir à emmener les corps des condamnés au cimetière juste après la pendaison. Puis il se frotta les mains en s’adressant à Gisborne.

Allan, voulant masquer sa frayeur, feignit la surprise : « Ben je croyais que vous deviez allez à Clun et à Nettlestone ? »

Gisborne : « Mais on n’en vient ! »

Allan, essayant de masquer son embarras de voir Gisborne ici : « Ah ! Et… Pourquoi êtes-vous revenus ?... Aussi… Tôt ? »

Gisborne, étonné : « Mais en quoi cela te regarde-t-il ? »

Allan : « Oh moi en rien… C’est juste pour causer c’est tout !... Et… Vous allez repartir ? »

Gisborne, suspicieux : « Non. Pourquoi ?... Tu veux te débarrasser de moi ? »

Allan : « Oh non ! Je ne disais pas ça pour ça. Mais je… Enfin…La mission que vous m’avez confiée est… terminée maintenant que vous êtes revenu, n’est-ce pas ? »

Gisborne tapotant son cheval et regardant Allan d’une manière suspecte : « Oui… En effet. »

Allan, plutôt mal à l’aise, tapant dans ses mains : « Bon ben… Je vais m’occuper de votre cheval. Vous avez probablement envi de vous changer après avoir galopé toute la journée. »

Gisborne, toujours suspicieux : « Je dois d’abord m’entretenir avec le shérif ! »

Allan : « Ah oui !… Bien sûr ! »

Allan se garda bien de lui mentionner la présence de Marianne au château. Il prit le cheval de Gisborne et partit en direction des écuries pendant que ce dernier alla faire son rapport au shérif. Dès que Gisborne fut rentré au château, il donna le cheval à un des palefreniers de l’écurie et voulut prévenir Marianne de l’arrivée imprévue de Gisborne. Justement cette dernière descendait les marches du château dissimulant un sac contenant le costume du veilleur de nuit. Allan alla au devant de Marianne.

Allan, à voix basse et regardant furtivement autour de lui : « Vous ne l’avez pas croisé ? »

Marianne, sur le même ton : « Qui ça ? »

Allan : « Gisborne !... Gisborne est ici. Il est rentré plus tôt que prévu de Nettlestone. »

Marianne, réfléchissant : « Donc cela veut dire que Robin a le champ libre pour y aider les villageois. »

Allan : « Oui mais cela veut dire aussi que nous, on ne l’a plus… Cela complique sérieusement les choses. Qu’est-ce qu’on va faire ?... On devrait attendre Robin ! »

Marianne : « Pourquoi ?...Non ! Et puis de toute manière, Robin ignore ce qui se passe ici…On ne change rien à notre plan ! »

Allan : « Quoi ?… Mais si Gisborne demande à vous voir… »

Marianne, l’interrompant : « On ne change rien ! On suit le plan ! »

Allan : « Marianne !... C’est Gisborne. Il voudra certainement que vous soyez à ces côtés pendant la pendaison. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter moi quand il me demandera d’aller vous chercher ? »

Marianne : « Tu n’auras qu’à dire qu’un serviteur t’a rapporté que j’étais partie à Knighton. C’est tout ! D’ailleurs, j’ai déjà prévenu un domestique de mon soi-disant départ. »

Allan : « Ben voyons… »

Marianne : « Oh Allan ce n’est pas le moment de flancher… Bon, il y a de plus en plus monde. Cela va bientôt être l’heure. Il faut absolument que je monte en haut de la tour pour me préparer mais ces gardes m’en empêchent. Arrange-toi pour les envoyer ailleurs afin que je puisse monter. »

Allan souffla puis : « Bon, je vais essayer. »

Allan s’avança vers les deux soldats qui gardaient l’entrée de l’escalier donnant sur les remparts et la tour de guet.

Allan : « Salut les gars ?... Vous… Vous n’avez pas envie de vous soulager un peu avant que cela ne commence ? Si vous voulez  je peux vous remplacer ? »

Un des gardes : « Non, merci. Ça ira ! »

Allan, insistant : « Vous êtes sûrs ? Oh moi je dis ça, c’est pour vous hein ? Parce que cela risque d’être un peu long et une fois que cela aura commencé, vous ne pourrez pas… pendant au moins deux ou trois heures. »

L’autre soldat regarda avec hésitation son compagnon.

Le garde : « Bon d’accord, on y va. Vite fait. »

Allan tapotant le dos du garde : « Sage précaution les gars. »

Il fit signe à Marianne qui s’engouffra rapidement dans les escaliers.

Passant devant Allan, Marianne : « Merci… A tout à l’heure ! »

Allan : « Oui, bonne chance ! »

Une fois sur les remparts du château, elle s’engouffra dans l’étroit escalier de la tour du guet. Elle prit en passant une des torches accrochées au mur et arriva au dernier étage de la tour. Elle s’avança jusqu’au mur donnant sur la ville de Nottingham et aperçut, en contrebas, un cheval qui l’attendait. Allan y avait pensé. Soulagé, elle déposa la torche et son sac à terre puis défit la corde qui encerclait sa taille. Elle l’accrocha à l’un des anneaux auxquels on suspendait habituellement les torches. Elle déroula la corde jusqu’à la fenêtre qu’elle allait emprunter pour fuir et posa le restant de corde sur le sol. Puis elle se déshabilla et revêtit le costume du veilleur de nuit. Elle mit ses vêtements de lady dans le sac puis le lança par la fenêtre à côté du cheval. Celui-ci, apeuré, hennit furieusement mais, heureusement bien attaché, il ne put s’échapper. Elle grimpa les dernières marches qui la menèrent sur le toit plat de la tour et vint se poster entre les créneaux donnant sur la cour et repéra sa cible. Celle-ci était bien visible. Elle aura donc le champ libre le moment venu. Elle encocha une flèche et attendit patiemment son heure.

Mais elle n’attendit pas longtemps. Soudain, les trompettes se mirent à résonner annonçant ainsi l’arrivée du shérif dans la cour.


byoann  (23.09.2013 à 09:05)

Chapitre VII

« Dispersez-vous et retrouvez-moi son corps ! »

ans la cour du château…

Les portes du château s’ouvrirent et le shérif, suivi de Gisborne et d’Allan, firent leur apparition devançant une poignée de notables locaux. Le shérif se lança alors dans le discours habituel en pareille occasion. Répétant à l’envi qu’il rendait justice au nom du Roi Richard.

Le shérif : « Faite sortir les prisonniers ! »

A ces mots, Marianne enflamma la flèche qu’elle avait encochée et attendit, accroupie, le bon moment pour agir. Les prisonniers étaient amenés de force au pied de la potence. Dès que le premier condamné mit un pied sur la première marche, le shérif, souriant, s’adressa de nouveau à la foule.

Le shérif : « Que la volonté du très haut soit… »

Il fut interrompit par une flèche enflammée venue du ciel et qui atteignit le pied de la potence. Celle-ci s’embrasa instantanément.

Le shérif, totalement surpris : « Mais… »

Une autre flèche vint se planter sur le haut de la potence. Le bourreau, ne voulant pas voir son outil de travail partir en fumée, prit une des flèches et la retira rageusement. Mais une troisième flèche vint la remplacer. Surpris, il perdit l’équilibre et tomba de la potence en évitant de justesse les flammes qui se propageaient rapidement sur le poteau du gibet. Il se releva et attrapa une couverture pour essayer d’éteindre l’incendie. Mais la poix, très dense, vint se coller à la couverture et elle prit feu à son tour. Ayant peur de se brûler, il la balança sur le côté. Mais il la jeta par inadvertance dans la charrette dans laquelle Allan s’était débarrassé, avec empressement, du récipient contenant la poix qu’il avait pris dans l’armurerie du château. Mais depuis, celui-ci s’était lentement vidé de son contenu. La poix avait donc coulée et tapissait maintenant tout le fond de la charrette recouvert par la paille. Evidement, la charrette s’enflamma brutalement et effraya le cheval auquel elle était harnachée. Son maître ne parvenant pas à le maîtriser, le cheval s’emballa en traînant la charrette en flamme derrière lui à travers une foule effrayée. Les portes de la cour du château étant fermée, il tourna en rond créant périodiquement d’importants mouvements de foule.

Lorsque la troisième flèche manqua de peu le bourreau. Gisborne repéra le lieu où celle-ci avait été tirée.

Malgré le soleil qui l’aveuglait, il reconnut immédiatement le veilleur de nuit.  

Gisborne : « Là-haut, Monseigneur ! Le veilleur de nuit ! »

  Le shérif, ivre de joie : « Nous le tenons ! Tuez-le ! »

Gisborne, hurlant et montrant à ses hommes : « ABATTEZ-LE ! »

Mais les soldats dans la cour, devant gérer une charrette en feu, des prisonniers en fuite et des mouvements de foule incessants mirent du temps à arriver en haut de l’escalier. Allan, lui, n’avait pas pris part aux festivités. Il se tenait, toujours debout, derrière Gisborne priant pour que Marianne ne soit pas blessée. Voyant que ses hommes étaient beaucoup trop lents à réagir, Gisborne prit l’arc des mains du soldat qui se trouvait à ses côtés et s’apprêta à tirer sur Marianne. Mais celle-ci disparut d’un seul coup. Elle n’avait pas attendu que les hommes du shérif parviennent jusqu’à elle. Elle avait regagné le dernier étage de la tour puis était descendue par la corde qu’elle avait fait glisser jusqu’au cheval qui l’attendait patiemment. Croyant que Gisborne allait laisser tomber, Allan souffla de soulagement. Mais…

Gisborne, criant : « OUVREZ LES PORTES ! »

Les portes s’ouvrirent et Gisborne, évitant la charrette enflammée qui tournait en rond dans la cour du château, se fraya difficilement un chemin parmi la foule apeurée. Finalement, il réussit à sortir de la cour du château avec Allan sur les talons.

Allan, essayant de le décourager : « Guy ! Il doit être loin à présent ! »

Gisborne, mécontent : « Non, il ne peut pas avoir été bien loin. »

Au même moment, le cheval traînant la charrette en feu réussit à trouver la sortie et s’engouffra dans le passage. Gisborne et Allan eurent juste le temps de l’éviter. La foule dont, parmi elle, se trouvaient les condamnés à mort sortait en masse. Au loin, le veilleur de nuit s’enfuyait à cheval en prenant la direction des portes de la ville. Submergé par la foule quittant le château, Gisborne ne put bander son arc.

Il se contenta de s’écrier en pointant le doigt dans sa direction : « LA-BAS, IL EST LA-BAS ! » 

Il s’élança à la poursuite du veilleur de nuit. Allan lui emboita le pas aussitôt. Quelques soldats les suivirent également. Marianne arriva en vue des portes grandes ouvertes de la ville mais le cheval trainant la charrette en flamme attisée de plus en plus par la course folle du destrier, vint lui couper la route, affolant ainsi son propre cheval. Celui-ci se cambra faisant tomber lourdement Marianne au sol et s’enfuit au triple galop. Elle se releva avec difficulté constatant que son poignet droit était douloureux. Mais ce n’était pas le moment de faire le bilan de sa chute. Gisborne, sourire en coin, fonçait déjà sur elle.

Gisborne, hurlant : « FERMEZ-LES PORTES ! »

Marianne regarda rapidement autour d’elle et évalua les possibilités de fuite qui lui restaient. Maintenant que les portes étaient refermées, elle n’avait plus qu’une seule solution : Les remparts.

  Elle courut sur le chemin de guet et se pencha entre deux créneaux.

Marianne, en plein désarroi, à elle-même : « C’est beaucoup trop haut !... Je ne peux pas sauter ! »

Elle se retourna et essaya de trouver une autre solution mais elle n’en eut pas le temps. Un des soldats qui gardait les portes de la ville s’était déjà lancé à ses trousses. Quand il eut atteint les remparts, Marianne dégaina son épée. Malgré son poignet douloureux, elle n’eut aucune peine à se défaire de son adversaire mais, déjà, un autre garde fonçait sur elle. Pendant ce temps, Gisborne et Allan arrivèrent au pied des remparts.

Gisborne, hurlant à ses hommes : « ALLEZ !... ATTRAPEZ-LE ! »

Des soldats vinrent renforcer leur collègue qui se battait déjà avec Marianne.

Gisborne souriant : « Je te tiens ! »

Allan, terrorisé à l’idée que Marianne soit tuée pendant le combat, ne savait pas comment l’aider. Devait-il aller la rejoindre pour se battre à ces côtés et, de ce fait, quitter Gisborne ? Il hésita. Il hésitait non pas par couardise mais il était tiraillé entre le désir de sauver à tout prix Marianne et sa peur de se retrouver seul une fois que cela serait fait. Car il doutait que cela suffise à Robin pour lui pardonner ce qu’il lui avait fait. Il hésita encore. Mais un souvenir lui revint subitement en mémoire. C’était le jour où Marianne lui avait sauvé la vie…

 

*******

 

  « C’est fini ! »
Allan, terrorisé, regardant Robin droit dans les yeux, peine à avaler sa salive.  

Allan : « Pitié ! Je veux pas mourir. »

Quelqu’un descend les marches de l’escalier menant à la cuisine.

Robin : « C’est pourtant la seule manière qu’il te reste de m’échapper ! »

Marianne vient au secours d’Allan.

« Epargne-le Robin ! »                     
 

Robin se détourne d’Allan et regarde Marianne avec tristesse. 

  « … Non, je regrette ! »

Puis il reporte son attention, de nouveau, sur Allan. Marianne se précipite sur les deux hommes et attrape prudemment la main de Robin qui maintient le couteau sous la gorge d’Allan.

Le visage de Marianne frôle celui de Robin. Marianne s’adresse à Robin d’une voix douce mais résolue : « « S’il te plaît. Fais-le pour moi ! »

Robin regarde attentivement Marianne.

Robin : « Marianne, c’est pour toi que je dois le tuer. Pour te protéger.»        

Marianne entoure les épaules de Robin avec son bras puis elle prend son visage entre ses mains.

« Robin ! S’il te plaît. Si tu m’aimes vraiment, tu dois le laisser partir. »  

Robin est en proie à une profonde tristesse.

Robin : « Oui, je t’aime. Et c’est pour ça que je ne peux pas lui laisser la vie sauve. Parce qu’un jour, il fera quelque chose qui t’enlèveras à moi. »

Allan, terrorisé, est toujours maintenu fermement au sol par Robin.

« Jamais non ! »                                  

Robin resserre son emprise sur Allan. Marianne agrippe fortement la main de Robin qui tient le couteau.

« Aie pitié ! Ne salis pas nos mains avec son sang. »  

Marianne récupère le couteau. Robin lâche Allan et s’assoit sur le sol pour se remettre de ses émotions.    

Marianne secoue Allan par l’épaule pour l’obliger à se lever et à partir. Allan, encore sous le choc, sort peu à peu de sa torpeur et parvient difficilement à se mettre sur ses genoux. Robin le regarde partir avec colère et inquiétude.       

Marianne, en colère, lance un couteau en direction d’Allan qui rampait jusqu’aux marches de l’escalier. Le couteau se plante dans un sac à quelques centimètres du visage d’Allan. Ce dernier, pétrifié, se tourne alors vers Marianne.

  Marianne, toujours en colère : « C’est à moi que tu dois la vie. Ne l’oublie jamais ! Et ne me trahis pas ! »

Allan lui en est reconnaissant.

« C’est juré ! »                                      

Il continue de ramper jusqu’aux marches de l’escalier puis s’enfuit.

 

*******

 

Revenant à la réalité, il prit finalement une décision. Mais il n’eut pas le temps de la mettre en pratique. Malgré le nombre grandissant de ses adversaires, Marianne tenait bon. Voyant que ses soldats n’arrivaient pas à bout d’un homme seul, Gisborne banda son arc et visa le veilleur de nuit. Imaginant le désespoir de Robin si Marianne venait à mourir, Allan regarda l’arc de Gisborne avec horreur.

Allan, dans sa tête : « Oh Non !... Pas ça ! »

Il se dissimula parmi la foule et prit une pomme sur un étalage. Puis tout se passa au ralenti. Marianne, affaibli par son poignet et pliant sous le nombre des ses adversaires, était acculée à un des créneaux du rempart. Lorsque tout à coup, la lame d’un des soldats se planta dans son abdomen. Allan, voyant que Gisborne allait l’achever avec une flèche, lui jeta la pomme qui le percuta mais, hélas, trop tard. Il ne réussit qu’à dévier légèrement la trajectoire de la flèche. Celle-ci vint frapper Marianne à l’épaule. Devant le choc de l’impact, le veilleur de nuit bascula en arrière et tomba dans le vide de l’autre côté des remparts. Allan, en état de choc, resta figea pendant quelques secondes. Les cris de Gisborne le sortirent de sa torpeur.

Gisborne, hurlant : « OUVREZ LES PORTES ! »

Gisborne, suivi d’Allan, sortit de Nottingham et s’arrêta sur le pont. Il scruta la fosse où les mendiants de la ville s’entassaient. Mais il ne repéra pas le cadavre du veilleur de nuit. Allan, profondément inquiet, scruta lui-aussi les lieux. Alors que Gisborne passait de la joie à l’énervement devant l’absence du cadavre de son ennemi, Allan, lui, passa de la terreur à l’espoir de retrouver Marianne vivante.

Gisborne, à ses hommes : « Dispersez-vous et retrouvez-moi son corps ! »

Il se tourna vers la ville s’apprêtant à se retirer quand il s’arrêta devant Allan.

Gisborne, contrarié : « Et ne reviens pas tant que tu n’auras pas réussi à retrouver son corps. »

Allan, machinalement : « Entendu Guy ! »

Pendant que Gisborne retournait auprès du shérif afin de lui raconter ce qui s’était passé, les soldats s’éparpillèrent pour chercher le veilleur de nuit. Allan, revivant toujours la chute de Marianne, scruta machinalement la zone près du pont où il se trouvait. Il aperçut alors dissimulé par de hautes herbes et des détritus, au pied du mur, le corps d’un individu allongé sur le ventre. Plein d’espoir, il voulut vérifier si c’était vraiment celle qu’il cherchait. Il descendit du pont et s’approcha du corps mais un garde, croyant qu’il avait repéré l’individu recherché, vint lui porter main forte.

Allan : « Va plutôt par là. Il est tombé de ce créneau… [Il pointa du doigt un créneau éloigné de la porte d’entrée de la ville]… A mon avis, il est parti plus au sud… Peut-être même qu’il a réussi à atteindre un de ces villages là-bas… [Il pointa du doigt des villages au loin vers le sud]. »

Le garde obtempéra laissant Allan, seul, plein d’espoir.


byoann  (30.09.2013 à 10:25)

Chapitre VIII

« Marianne ?...

Il est arrivé quelque chose à Marianne ? »

  endant ce temps, loin d’imaginer ce qui se tramait à Nottingham, Robin, Much et Petit Jean faisaient route vers Nettlestone tandis que Will et Djaq se dirigeaient vers Clun.

Arrivés à la lisière de la forêt, face à l’entrée du village, Will et Djaq scrutèrent les environs.

Une palissade en bois avait été dressée à la hâte autour du village et l’entrée était solidement gardée par quatre soldats armés.

Ils remarquèrent que les gardes étaient régulièrement relevés par une sentinelle mobile. En effet, un groupe de six autres soldats patrouillait à pied tout autour du village relayant ainsi les soldats stationnés aux deux entrées du village.

Will, regardant les soldats : « L’entrée est trop bien gardée… Nous ne pourrons pas passer en force. »

Djaq : « Nous ne pourrons pas utiliser la ruse non plus. »

Will : « Oui… On va devoir utiliser la même méthode que Robin avait employée avec Roy. »

Djaq : « Oui mais où ? Nous ne pouvons pas le faire d’ici et il y a une patrouille qui surveille les alentours du village régulièrement. »

Will : « Oui, cela va être un peu difficile. »

Accroupi l’un à côté de l’autre, Djaq regarda Will réfléchissant à la stratégie à adopter comme Robin l’aura fait. Elle en fut tout attendrie. Elle aimait ce jeune homme d’un naturel doux et calme mais qui pouvait se révéler d’une combativité féroce lors de combats contre les hommes du shérif. Encore jeune et peu sûr de lui, il lui arrivait parfois de copier inconsciemment les gestes de l’homme qu’il admirait le plus au monde à l’exception de son père : Robin. Tout en étant à ses réflexions, Djaq ne se rendit pas compte que son visage s’approchait de plus en plus de celui de son bien-aimé. Sauf que lorsque Will, ayant trouvé la tactique à suivre, se retourna vers elle…

Will : « Voilà ce que nous allons… »

Il s’arrêta net, extrêmement troublé par ses grands yeux noirs qui le dévisageaient avec tendresse. Se trouvant nez à nez, ils se regardèrent en silence les yeux dans les yeux. Alors que Robin leur avait attribué une importante mission, ils oublièrent pendant quelques minutes les raisons de leur présence en ces lieux et profitèrent de l’instant présent en se perdant dans le regard de l’autre.

Will, finissant sa phrase : « …faire. »

Djaq s’approcha encore davantage de Will. Mais celui-ci, effrayé par cette intimité trop prononcée à son goût, se releva subitement.

Will, embarrassé, faisant des gestes désordonnés : « Euh… La mission… Euh…Robin. La mission. Clun. Les villageois… Euh il faut penser aux… villageois. »

Djaq, un peu déçue, s’amusa de l’embarras et des explications confuses de son compagnon mais elle ne lui en fit pas la remarque. Au contraire, elle le soutint. Car elle ne lui en voulait pas de fuir devant ses propres sentiments car, après tout, c’était un anglais et un homme, de surcroit. Et tout le monde savait, dans son pays, que les hommes étaient réservés lorsqu’il s’agissait d’exprimer leurs propres sentiments amoureux.

Djaq : « Euh oui… Tu as raison ! La mission. Robin nous a confié la mission de nourrir ces pauvres gens... Alors ?... »

Will continua de la regarder avec tendresse. Il se reprocha intérieurement de ne pas l’avoir pris dans ses bras pour ensuite l’embrasser tendrement. Il l’aimait c’était évident et pourtant il avait fui.

Will, dans sa tête : « Mais quel idiot, je fais ! »

 Il continua de la dévorer des yeux.

Puis il ouvrit de grands yeux étonnés lorsque Djaq lui demanda : « … Comment va-t-on s’y prendre ? »

Will, avec un air ahuri : « Hein ?... Pour…Pour faire quoi ? »

Djaq, qui était redescendue sur terre, surprise par son attitude : « Et bien pour aider les villageois, évidemment ! »

Puis en souriant : « Tu te sens bien, Will ? »

Will, revenant à la réalité : « Ah oui ! Les villageois !...Euh oui… Oui, oui. Ça va. »

Pour faire passer son trouble, il regarda de nouveau vers le village puis il s’accroupit à côté de Djaq en exposant son plan mais sans la regarder. Djaq s’en amusa. Elle savait qu’elle ne lui était pas indifférente et son comportement actuel le lui prouvait. Mais pour ne pas le mettre davantage dans l’embarras, elle choisit de l’écouter attentivement sans répliquer.  

Will : « Nous allons nous séparer et nous poster de chaque côté-là-bas… »

Djaq : « Oui, je vois. »

Will : « …Puis une fois que la garde mobile sera passé devant nous, on tire toutes nos flèches. Mais attends qu’elle soit arrivée près de moi pour tirer les tiennes. Ainsi, dès qu’ils s’en apercevront, ils devraient se précipiter vers toi ce qui me laissera le temps ensuite de tirer les miennes. Dès qu’on aura utilisé toutes nos flèches, on se rejoint ici. D’accord ? »

Djaq : « D’accord ! »

Elle aurait aimé ajouté « mon amour » mais elle se l’interdit.

Will, se relevant : « Tu commenceras à tirer tes flèches la première mais attends bien que les gardes soient de mon côté. »

Djaq fut touchée par sa sollicitude mais ne put s’empêcher de répondre : « Oui je sais... J’avais compris. »

Will, un peu gêné, ajouta : «… Et surtout fais bien attention à toi. »

Djaq lui caressa affectueusement le bras puis partit, sans quitter la sécurité de la forêt, en direction de l’endroit que Will lui avait indiqué. Celui-ci la regarda s’éloigner avec inquiétude. Puis se rappelant qu’il était en mission, il partit lui-aussi rejoindre son poste.

En attendant que la sentinelle poursuive son chemin vers Will de l’autre côté du village, Djaq prépara ses flèches en y accrochant la nourriture qu’ils avaient apportée. Elle prépara une dizaine de flèches puis attendit, à l’ombre des arbres, le départ de la sentinelle mobile.

Will, de son côté, s’adonnait au même travail lorsque, tout à coup, il vit dans le ciel les flèches que Djaq étaient entrain de tirer et qui s’abattait sur le village. Lorsqu’il entendit les hurlements des gardes, il se prépara à tirer les siennes.

La garde : « ALERTE ! ALERTE !... Quelqu’un brise la quarantaine !... Les tirs proviennent de l’Est… Allons-y ! »

Will attendit quelques minutes afin de leur laisser le temps d’arriver à l’endroit où se trouvait Djaq puis il commença à tirer ses propres flèches.

         

Elles atterrissaient aussi bien sur les toits qu’au sol ainsi que sur les portes des maisons et poteaux des enclos.

Mais aucune n’atteignit les villageois. Ces derniers, alertés par les hurlements des gardes, sortirent des maisons.

  Les habitants de Clun, mourants de faim, se jetèrent sur la nourriture.

Ils entendaient au loin la colère des gardes.

Un garde : « Ils attaquent sur deux fronts ! »

Un autre garde : « Vous trois, allez là-bas et vous deux, venez avec moi. Les autres, retournez aux entrées du village et ne laissez ni entrer ni sortir personne ! »

A ces mots, Will retourna immédiatement à l’endroit où il avait quitté Djaq quelques instants plus tôt. Elle s’y trouvait déjà l’attendant avec inquiétude. Elle se rassura en le voyant arriver. Il lui fit un grand sourire, satisfait d’avoir rempli sa mission. Ils restèrent tapis dans l’ombre pour surveiller les gardes. Ils espéraient qu’ils n’entreraient pas dans le village pour confisquer de nouveau la nourriture. Mais ils n’en firent rien. Rassurés, Will et Djaq se retirèrent et prirent la direction de Nettlestone afin d’aider Robin, Much et Petit Jean.

 

 

Pendant que Will et Djaq commençaient à faire tourner en bourrique les hommes de Gisborne, Robin, Much et Petit Jean arrivèrent à Nettlestone. Ils s’accroupirent à la lisière de la forêt et observèrent le village.

Much : « Bon alors, maître, ça y est ! Nous sommes arrivés. Quel est votre plan ? »

Robin, souriant : « Much ! Voici le plan… Distribuer aux villageois les provisions qui nous restent et… »

Much, insistant : « Et ? »

Robin, espiègle : « … Ne pas nous faire prendre ! »

Much, soufflant et abattu : « Et vous trouvez ça drôle ? »

Robin allait répliquer mais Petit Jean l’interrompit.

Petit Jean : « Robin ! Gisborne n’est plus là ! »

Robin, regardant sur les hauteurs de Nettlestone : « Quoi ? Mais c’est impossible ! »

Petit Jean : « Et bien si, tu vois ! »

Much : « Mais je croyais qu’il restait sur les hauteurs à nous attendre ? »

Petit Jean, se relevant et marchant en direction du village : « Et bien maintenant il n’est plus là ! Alors il n’y a pas de temps à perdre. On peut donner à manger aux villageois. »

Robin, se relevant également : « C’est étrange. »

Much : « Maître, on y va ? »

Robin : « Euh oui... Oui... Il semble qu’il n’y ait plus danger. »

Petit Jean avait déjà commencé la distribution. Much et Robin se joignirent à lui. Mais pendant qu’il donnait ses provisions, Robin resta soucieux et surveilla régulièrement les hauteurs du village au cas où Gisborne se serait mis à couvert, guettant ainsi leur venue avant de fondre sur eux. Mais l’attaque n’eut pas lieu, la distribution s’acheva sans incident. Quand ils eurent terminés leur mission, ils acceptèrent les chaleureux remerciements des villageois puis s’éloignèrent du village. Robin était de plus en plus soucieux. Il s’arrêta.

Petit Jean : « Qu’y-a-t-il Robin ? »

Robin : « Quelque chose ne va pas ! »

Much : « Ben quoi ? On a fait nos livraisons. Les villageois nous ont remerciés et puis on retourne au campement pour préparer le dîner… Comme d’habitude. Qu’est-ce qui vous chagrine là-dedans ? »

Robin : « Et cela ne te parait pas un peu trop facile ? »

Petit Jean, aussi terre à terre que Much : « Non ! Much a raison. C’est exactement comme d’habitude. »

Robin : « Mais enfin… Cela ne vous paraît pas curieux que Gisborne mette à sac le village pour nous faire venir puis qu’ensuite il attende sur les hauteurs notre venue et lorsque nous arrivons il n’y a plus personne ? »

Petit Jean haussa les épaules.

Much : « Ben peut-être qu’il a changé d’avis !... Ou bien… qu’il a fini par croire que nous ne viendrons pas s’il restait là… »

Robin, peu convaincu : « Oui, peut-être. »

Much : « …Ou peut-être que le shérif l’a fait appelé et qu’il… »

Robin regarda subitement Much puis le coupant : « C’est ça ! Je parie que Nettlestone n’était qu’une diversion. »

Petit Jean : « Une diversion ?... Mais pourquoi ? »

Robin : « Pour nous attirer ici pendant que le shérif et Gisborne trament quelque chose ailleurs. »

Much : « Ouais mais où ça ? Le seul endroit où le shérif a envoyé des hommes c’est à… »

Robin, regardant Much avec effroi : « CLUN ! »

Petit Jean s’alarma : « Djaq et Will risquent de tomber dans un piège ! »

Robin : « Bon, on y va. Dépêchons-nous ! »

Très inquiets, Robin, Much et Petit Jean filèrent à tout à allure vers Clun.

 

 

 

Sur le chemin allant de Clun à Nettlestone…

Djaq, souriant : « Tu crois que les gardes nous cherchent encore ? »

Will, en riant : « Probablement. »

Will, plus sérieux : « Je les plains car demain ils vont avoir dû mal à expliquer à Gisborne ce qui s’est passé. »

Djaq, redevenant sérieuse : « Tu crois que Gisborne pourrait mener des représailles sur la population ? »

Will : « J’en sais rien... Ce n’est pas impossible… Mais de toute façon, on ne pouvait pas les laisser mourir de faim. Et puis… Robin ne le laissera pas faire… »

Il mit son bras sur son épaule.

Will, se voulant rassurant : « Et nous non plus ! Alors ne t’inquiète plus pour eux. Maintenant… Ce sont les habitants de Nettlestone qui ont besoin de nous. »

Djaq apprécia son geste mais elle ne put en profiter bien longtemps. Soudain, Will la projeta derrière un des arbres qui bordait le chemin qu’ils suivaient et s’y cachèrent tous les deux car une sentinelle venait d’apparaître aux abords du sentier.

Djaq, tout bas : « Tu crois qu’ils nous ont vu ? »

Will, fixant la sentinelle et murmurant : « Je ne crois pas. »

Puis il lui fit signe de ne plus dire un mot. Les deux hors-la-loi dégainèrent leurs armes en prévision d’une attaque mais cela fut inutile. Les gardes marchèrent, sans se presser, en jacassant comme des pies.

Un des gardes, se plaignant : « Pff… Je ne vois pas pourquoi il nous ordonne d’aller voir à Clun. Le village est en quarantaine. Le veilleur de nuit ne peut pas s’y trouver ! »

Will tourna vivement la tête vers Djaq en fronçant les sourcils.

Un autre garde ajouta : « Ouais, c’est une perte de temps. Moi, je parie qu’il est encore à Nottingham ! »

Le premier garde : « Ben non, c’est pas possible ! Tu l’as bien vu comme moi ! Il est tombé du haut des remparts à l’extérieur de la ville. S’il est parti se cacher quelque part et vu l’état dans lequel il était, il a dû se réfugier dans un village proche de Nottingham. »

Djaq et Will se regardèrent et s’alarmèrent.

L’autre garde : « Pff… Moi je vous dis que c’est une perte de temps. Il doit être mort à l’heure qu’il est. Il doit certainement servir de diner pour les loups ou les chiens errants à présent... »

Le chef, intervenant : « SILENCE ! Nous arrivons bientôt à Clun et nous fouillerons le village comme Messire Gisborne nous l’a ordonné. C’est bien compris ? »

Acceptant malgré tout les ordres, le reste de la troupe ne répondit pas et la sentinelle poursuivit son chemin en silence jusqu’à Clun. Une fois hors de leur portée, Djaq et Will sortirent de leur cachette.

Djaq, inquiète : « Marianne ?... Il est arrivé quelque chose à Marianne ? »

Will, aussi inquiet que Djaq : « Oui... Il faut absolument avertir Robin le plus vite possible. »

Djaq : « Oui, tu as raison. Vas-y toi ! »

Will : « Quoi ? »

Djaq : « Oui vas-y ! Tu cours plus vite que moi et je risquerais de te retarder surtout avec le reste de provision. »

Will : « Mais je… »

Djaq, l’interrompant : « Donne-moi tes vivres et va prévenir Robin… Dépêche-toi ! »

Will : « Mais je ne peux pas te laisser ici toute seule. C’est trop dangereux et… »

Djaq : « …Et je peux me débrouiller toute seule, je te signale ! Mais on n’a pas le temps d’en discuter. Il faut aller au secours de Marianne. »

Mais Will craignait pour la sécurité de Djaq surtout avec des gardes qui se promenaient dans les bois. Il ne bougea pas d’un pouce. Elle dut insister.

Djaq : « Allez Will ! Tu perds du temps ! »

Will, à contrecœur : « Oui, tu as raison ! »

Djaq se sentit soulagé en pensant qu’il allait enfin se mettre en route. Mais il n’en fit rien. Soudain, il l’attrapa par la nuque et l’embrassa fougueusement. Djaq, prise totalement au dépourvu, se laissa faire. Will, qui s’était déjà reproché d’avoir laissé passer sa chance, avait décidé de laisser libre cours à ses émotions. Inquiet à l’idée de la laisser seule, il voulut lui montrer qu’il tenait à elle. Il y avait bien d’autres manières de témoigner son affection à l’élue de son cœur et, surtout à des moments plus opportuns, mais il n’avait pas eu d’autre idée dans l’urgence de la situation. Cette fois-ci, il n’avait pas perdu de temps. Lorsque le baiser prit fin, les deux amoureux se regardèrent dans les yeux en silence afin de reprendre leurs esprits.

Will, brutalement : « Bon ben j’y vais… Il faut que je prévienne Robin. »

Il partit sur le champ sans laisser à Djaq le temps de répliquer. Will se sentit pousser des ailes. Le baiser échangé avec Djaq le transportait de joie. Djaq, quant à elle, était tellement surprise par ce geste inattendu qu’elle ne sut pas quoi en penser. Finalement, elle décida de se mettre en route sans avoir réussi à démêler ses sentiments.

Pendant le trajet jusqu’à Nettlestone, Djaq passa sans cesse du chaud au froid. En effet, l’ayant mis devant le fait accompli, elle s’était retrouvée passive pendant le baiser et elle détestait ça. Mais elle apprécia encore plus que Will, d’habitude si réservé, ait enfin montré son affection. Et c’était réciproque. Certes, la démonstration était un peu maladroite, brutale et inappropriée. Mais cela ne l’indisposait pas tant que ça finalement. L’imprévu semblait la ravir. Quant à Will, ses sentiments étaient parfaitement clairs. Il était tout simplement aux anges. Contrairement à sa bien-aimée, il ne se posait pas aucune question. Ravi de ne pas avoir laissé passer l’occasion comme la dernière fois, il filait comme le vent vers Nettlestone pour prévenir Robin. Ah Robin !... Will se mit alors à penser à lui. A-t-il, lui aussi, éprouvé les mêmes sentiments quand il a embrassé Marianne la première fois ? Oh Marianne !... Son cœur s’assombrit en repensant à la discussion entre les gardes. Pourvu que Robin puisse la sauver sinon… Maintenant Will savait ce que c’était d’avoir peur de perdre l’élue de son cœur. Il serait lui aussi inconsolable s’il arrivait malheur à Djaq.

Il en était à ses tristes pensées lorsqu’il arriva en vue de Nettlestone. Il ralentit son allure quand il aperçut, au loin, Robin, Much et Petit Jean qui revenaient. Will parcourut les derniers mètres qui le séparaient de Robin.

Much, inquiet : « Will ?... [Il regarda derrière celui-ci]… Mais, où est Djaq ? »

Will, dont les joues avaient rougies d’avoir tant couru, ne répondit pas et devant le regard interrogateur de Robin baissa la tête. Robin s’alarma de la mine déconfite de son compagnon.

Robin, fronçant les sourcils : « Will ?... Qu’y-a-t-il ? »

Petit Jean, alarmé par son silence : « Il est arrivé quelque chose à Djaq ? »

Will, reprenant son souffle : « Non… »

Il baissa la tête, ferma les yeux et prit une grande inspiration.

 « C’est Marianne ! »                                
   Robin, alarmé : « Quoi ? »

Petit Jean et Much resserrèrent les rangs autour de Robin et de Will.

Will : « On revenait de Clun avec Djaq quand on a surpris une conversation d’une patrouille qui s’y dirigeait. Apparemment, le veilleur de nuit a fait une sortie à Nottingham et cela se serait mal passé…. D’après ce qu’ils ont dit, Marianne serait sérieusement blessée et serait même tombée des remparts. »

Le sol sembla s’ouvrir sous les pieds de Robin.

Robin, en état de choc : « Oh non !... Marianne ! »

Sortant Robin de son état de torpeur, Petit Jean : « Robin !... Il n’y a pas une minute à perdre… Nous devons allez à Nottingham… Maintenant ! »

Robin, se secouant : « Euh oui ! Oui !... Tu as raison !... Il faut la retrouver. S’il le faut, nous interrogerons tous les habitants … Dépêchons-nous ! »

Robin se mit à courir en direction de Nottingham. Much, Petit Jean et Will le suivirent aussitôt. Tous extrêmement inquiets, ils priaient en silence pour qu’il ne soit rien arrivé de grave à Marianne. Ils trouvèrent Djaq sur leur chemin. Elle venait les rejoindre. Voyant que Will était avec Robin, elle sut qu’il était au courant au sujet de Marianne. Robin ne prononça pas un mot. Petit Jean prit les devants.

Petit Jean à Djaq : « Nous allons à Nottingham… Donne-moi tes vivres. Cela risquerait de nous ralentir. »

Djaq acquiesça et laissa Petit-Jean suspendre ses paniers à son bâton qu’il hissa sur ses épaules.

Djaq à Robin : « Je suis sûr qu’il ne lui est rien arrivé de grave, Robin ! »

Robin apprécia sa sollicitude mais il ne répliqua pas. Pour l’heure, il était impatient de retrouver sa belle afin de s’assurer qu’elle allait bien.

Petit Jean : « C’est bon ! On peut y aller ! »

La troupe se remit en route : Direction Nottingham !


byoann  (07.10.2013 à 09:36)

Chapitre IX

« Je le jure devant Dieu, Allan !...

Tu es un homme mort ! »

 

   endant ce temps au château de Nottingham, dans le bureau du shérif…

Gisborne : « Ne vous inquiétez pas, Monseigneur ! Mes hommes retrouveront son corps. Ce n’est plus qu’une question de minutes. »

Le shérif : « Je l’espère pour vous Gisborne car je ne supporterai pas un autre échec de votre part. »

Gisborne : « Le veilleur de nuit n’est plus, Monseigneur. Je l’ai vu des mes propres yeux mortellement blessé et tombé des remparts de la ville. »

Le shérif : « L’avez-vous personnellement transpercé avec votre épée ?... Hum ? »

Gisborne, gêné : « Et bien euh… non Monseigneur ! Mais j’ai vu un de mes hommes qui… »

Le shérif, mécontent : « Je me fiche de ce que vous avez vu, Gisborne… Peut-être avez-vous mal vu… Peut-être que la lame n’a fait que l’effleuré ?... Hum ? »

Gisborne : « En tout cas, il est tombé du haut des remparts, Monseigneur. Personne ne peut survivre à une telle chute. »

Le shérif, ironisant : « Oh !... Alors pourquoi ne retrouvez-vous pas son corps, Gisborne ? »

Gisborne : « Ce n’est qu’une... »

Le shérif, désagréable, le coupa : « …qu’une question de minutes. Je le sais, vous me l’avez déjà dit !... Vous radotez Gisborne !... Vous radotez. »

Quelqu’un frappa à la porte.

Le shérif, énervé : « Oui, qu’est-ce que c’est ? »

Allan fit son entrée.

« Euh… Guy, j’ai ramené le corps du veilleur de nuit. Si vous voulez le voir avant qu’on l’enterre. »

Gisborne, incrédule : « Tu l’as retrouvé ? »

Allan : « Ben oui ! Vous me l’aviez ordonné. »

 Le shérif, soudainement ravi : « Quoi ? Tu l’as ramené ici ?... Est-ce que tu as vu son visage ? »

 

Allan : « Euh ben non… Je n’ai pas regardé, Monseigneur. Mais il est là… en bas… Si vous voulez aller le voir avant qu’on emporte le corps. »  

Le shérif réfléchit quelques instants et tout sourire : « Qu’on emporte le corps ? Non… Pas tout de suite… J’en ai encore besoin. »

Gisborne, ne comprenant pas : « Mais que comptez-vous en faire, Monseigneur ? »

Le shérif allait répliquer mais il vit qu’Allan était toujours dans la pièce.

Le shérif à Allan : « Allez déposer le corps dans la grande salle. Je veux voir le visage de l’homme qui n’a pas cessé de braver mon autorité depuis ma nomination ! »

Allan sortit de la pièce afin d’exécuter les ordres.

Une fois Allan sorti, le shérif : « Nous allons organiser une exhibition, Gisborne. Nous allons dévoiler à tous ces gueux de Nottingham le visage de leur héros nocturne. Ainsi je démontrerai que nul ne peut me défier impunément sans y laisser la vie… Inviter tout Nottingham et ces paysans pourront ainsi lui dire adieu… Tenez inviter donc également Marianne ! »

Gisborne, surpris : « Marianne est ici ? »

Le shérif : « Oui elle est ici… Son cher papa s’étant absenté, j’ai accepté qu’elle passe quelques jours au château. J’espère que cela vous fait plaisir Gisborne, hum ? »

Gisborne, embarrassé : « Euh je… »

Le shérif, réfléchissant : « Tiens !... Mais je ne l’ai pas vu lors de la pendaison… Je me demande où notre petite demoiselle a-t-elle bien pu passer ? Peut-être est-elle allée rejoindre un galant ?… Peut-être qu’elle en a eu marre de vous attendre Gisborne, qu’en pensez-vous ? »

Gisborne, contrarié : « Non !... Je ne crois pas, Monseigneur… Mais je le lui demanderai dès que je la verrai. »

Le shérif : « Bien. En attendant, faites dresser une estrade pour y exposer le corps de notre ami. Vous avez une heure ! »

Gisborne : « Oui, Monseigneur ! »

Gisborne se courba et sortit du bureau du shérif. Il alla jusqu’aux appartements de Marianne. Il n’y trouva qu’une domestique qui y préparait son lit.

Gisborne : « Où est lady Marianne ? »

La servante : « Elle est repartie à Knighton chercher le reste de ces affaires, Monseigneur. »

Gisborne, déçu : « Oh je vois. Prévenez-moi dès qu’elle sera rentrée ! »

La servante : « Oui, Monseigneur ! »

Il repartit en direction de la cour du château afin de préparer la cérémonie souhaitée par le shérif. Il vit la potence à moitié calcinée mais l’estrade de celle-ci tenait encore le coup.

Gisborne, dans sa tête : « Cela devrait suffire à supporter le poids du cadavre. »

Il donna des ordres pour la préparation de l’évènement et des hérauts répandirent la nouvelle dans tout Nottingham ainsi que dans les villages environnants. La nouvelle de la mort du héros nocturne se répandit comme une traînée de poudre. Si bien qu’une heure après, la cour du château était noire de monde.

Ce fut à ce moment-là que Robin et ses compagnons arrivèrent au château en toute discrétion. Dissimulés sous leur capuche, ils décidèrent de rester tout près de la sortie à une bonne distance du shérif et de Gisborne. Ne sachant pas ce qui se préparait, Robin s’approcha d’un badaud mais les trompettes du shérif se mirent à résonner. Celui-ci fit une entrée magistrale puis il s’adressa à la foule.

Le shérif : « Peuple de Nottingham… Aujourd’hui est un grand jour pour notre comté… Aujourd’hui, un ennemi du Roi a été vaincu. Certains parmi vous pensent que c’était un héros mais ils se trompaient. Le veilleur de nuit était un ennemi… Et aujourd’hui, j’ai l’immense joie de vous annoncer… La mort de cet ennemi ! »

Le shérif brandit alors la main en direction des portes du château qui s’ouvrirent au son des trompettes. La foule est consternée et en état de choc.

Robin, épouvanté : « Quoi ?... Marianne ? »

Much, hébété : « Oh non ! Maître ? C’est pas possible, dites-moi ? »

Personne ne voulut y croire. En proie à une vive inquiétude, ils continuèrent de fixer le shérif. Ils n’arrivèrent pas à y croire. Toujours au son des trompettes, Allan sortit du château devançant le corps du veilleur de nuit porté par quatre soldats. Il descendit lentement les marches et se dirigea vers l’estrade à travers la foule en état de choc. Puis il ordonna aux gardes d’y déposer le corps et retourna auprès de Gisborne.

A la vue du corps étendu sur l’estrade, Robin eut l’impression que la terre s’ouvrait sous ses pieds pour l’engloutir.

Robin, anéanti : « Oh Non !... Mon amour ! »

Il voulut se précipiter rejoindre sa bien-aimée mais Petit Jean, Much et Will eurent toutes les peines du monde à le retenir.

Petit Jean, les larmes aux yeux : « Non Robin !... C’est finit !… Tu ne peux plus rien faire pour elle ! »

Robin le regarda en pleurant : « Mais c’est Marianne ! »

Will, pleurant : « Il y a trop de gardes. Tu te ferais prendre ! »

Djaq : « Ils ont raison… Et puis Marianne n’aurait pas voulu ça. »

Mais Robin voulait prendre sa dulcinée dans ses bras et l’embrasser une dernière fois pour lui faire ces adieux. Il se débattit furieusement mais ses trois compagnons l’empoignèrent férocement et le tirèrent un peu plus loin à l’abri des regards.

Djaq : « Je t’en prie Robin, non !... Nous devons prier pour le salut de l’âme de Marianne. »

Mais Robin n’y était pas prêt. Cependant, il se sentit impuissant. Résolu, il cessa de se débattre et attendit, en silence, la fin du discours du shérif.

Le shérif : « … Grâce à ses hommes… [Il désigna Allan et les gardes transportant le corps]… l’Angleterre a vaincu l’un de ses ennemis et c’est pourquoi ils seront récompensés… »

A ces mots, le sang de Robin ne fit qu’un tour dans ses veines. Il fusilla Allan du regard puis voulut se précipiter sur lui pour le massacrer mais, une fois encore, Petit Jean, Much et Will réussirent à l’en empêcher.

Robin, furieux : « J’aurais dû le tuer lorsque j’en avais l’occasion… Je savais qu’un jour il ferait du mal à Marianne ! »

Il faisait évidemment référence à sa tentative dans les cuisines du château où Marianne était intervenue. Meurtri, la scène se rejoua dans son esprit…

*******

Allan marche seul dans le couloir. Deux sifflements provenant des cuisines au sous-sol se font entendre. Allan va voir ce qui se passe mais se retrouve face à Robin.

     

Allan, surpris et inquiet recule : « Robin ! »

Robin passe devant Allan et lui fait face.

Robin, ironique : « Tu pensais tomber sur ton nouvel ami Gisborne, Allan ? »

Les deux hommes sont maintenant face à face. Robin fixe Allan en souriant. Allan est inquiet.

« Ecoute, je veux pas que tu te fasses de fausses idées. Je n’ai pas eu le choix mais… tu sais bien que jamais… je ne l’aurais mené jusqu’au campement... »  

Robin détourne la tête en souriant. Il ne croit pas à ce qu’il lui raconte.

Allan poursuivant : « … Jamais. Je t’aime Robin. Robin je vous aime tous. »

Robin, toujours souriant, fixe Allan.

« Comme c’est touchant ! »

Allan est de plus en plus inquiet : Il sait que Robin ne le croit pas.

Robin : « Mais tu sais ce qu’on dit ?... L’amour fait mal. »

Robin frappe Allan au visage puis dégaine son épée manquant de peu Allan qui s’était accroupi pour l’éviter. Allan dégaine à son tour pour parer une nouvelle attaque très violente de Robin. Robin donne un violent coup de pied à Allan qui bascule dans l’escalier qui descend aux cuisines.

  Allan lui crie : « Ne fais pas ça, Robin ! »

Allan a à peine le temps de se remettre debout que Robin déboule de l’escalier et se prépare à le frapper de nouveau avec son épée.

Il pare l’attaque de Robin. Robin lance une nouvelle attaque qu’Allan peine à parer puis Robin le pousse à terre.

A peine de debout, Allan doit parer une autre attaque. Allan essaye une offensive afin de reprendre l’avantage et de ne plus subir le combat.

Mais Robin pare aisément et contre-attaque aussitôt puis il pousse, une nouvelle fois, Allan à terre. Robin est furieux. Il a décidé de tuer Allan !

Allan, au sol, se glisse sous la table pour éviter une nouvelle attaque. Il se remet debout de l’autre côté de la table, l’épée à la main face à Robin.

 « Attends ! Si on parlait ? »
 Robin est furieux.

Robin, ivre de colère : « Ouais ! T’as raison parlons ! Tu peux commencer par me dire où le shérif cache… « 

Robin furieux jette à terre tout ce qui se trouve sur la table – Allan se protège en s’écartant et en levant son épée.

Robin, finissant sa phrase : « …ses documents ! »

Allan, terrifié : « J’en sais rien ! »

Robin, fixant Allan, ne semble pas le croire.

Allan : « Je lui ai juste conseillé de vider sa chambre forte. »

Robin pointe son épée en direction d’Allan.

Robin : « Tu dois bien savoir où il a caché le pacte ? »

Robin essaye de contourner la table pour atteindre Allan qui se défile en se déplaçant diamétralement à l’opposé de Robin.

Robin pointe de nouveau Allan avec son épée. Ce dernier se rapproche sensiblement de Robin.

   « Je te jure que je l’ignore... » 

Robin essaye toujours de contourner la table et Allan continue de s’esquiver.

Allan, poursuivant : « …Peut-être dans ses appartements, il y a un coffre. Fais-moi confiance, Robin. »

La réponse d’Allan ne fait que décupler la colère de Robin.

« Te faire confiance ! Non, non, je ne crois pas. »

Robin lance une nouvelle attaque à l’épée contre Allan. Celui-ci se baisse pour éviter le coup puis renverse la table sur Robin.

Allan parvient à s’enfuir en faisant tomber un meuble derrière lui pour ralentir Robin. Mais Robin est toujours là. Il est furieux. Il frappe les casseroles pendues avec son épée et cherche Allan du regard.

Allan, acculé, attend Robin.

   « Je t’ai dit que je ne te trahirais pas ! »
« Tu l’as déjà fait. La prochaine fois ce sera Marianne ! »  

Robin lance une nouvelle attaque à l’épée qu’Allan pare de son mieux.

Puis Allan passe derrière le rideau tendu derrière lui.

Robin, fixant toujours Allan, passe lentement derrière le drap.

Allan essaie toujours de le convaincre qu’il n’est pas un traître. Mais en vain.

« Je ne suis pas un Judas ! »
« Et moi, je ne suis pas Jésus ! »

Allan ne sait pas rendu compte que Robin avançait et que sa propre épée se trouvait à proximité du drap.

Robin, par un geste rapide de sa main gauche, entoure l’épée d’Allan avec le drap et lui fait lâcher son épée.

Allan se retrouve désarmé face à Robin.

Allan saisit une louche et pare les coups de Robin.

Mais Robin le frappe à plusieurs reprises, le désarme et l’attrape par les cheveux.

Il tente de l’assommer sur une des casseroles suspendues au mur de la cuisine.

Puis il l’agrippe par le col et lui envoie un violent coup de poing au visage.

Robin fracasse un tabouret sur le dos d’Allan. Allan bascule sur une table où il s’empare d’un couteau.

Mais il n’a pas le temps de menacer Robin que celui-ci s’est emparé d’un autre tabouret et essaye de le frapper avec.

Allan réussit seulement à l’éviter. Mais Robin le frappe au visage avec. Allan, laissant échapper le couteau, s’écroule au sol. Robin se débarrasse du tabouret en le jetant plus loin. Il agrippe les jambes d’Allan et le tire violement vers lui.

Allan, épuisé, ne réagit presque pas. Robin lui file un coup de poing au visage. Allan est à moitié assommé. Robin sort son couteau de son étui. Il attrape Allan par la nuque et pointe son couteau sous sa gorge.

 « C’est fini ! »
Allan, terrorisé, regardant Robin droit dans les yeux, peine à avaler sa salive.

Allan : « Pitié ! Je veux pas mourir. »

Quelqu’un descend les marches de l’escalier menant à la cuisine.

Robin : « C’est pourtant la seule manière qu’il te reste de m’échapper ! »

Marianne vient au secours d’Allan.

                     « Epargne-le Robin ! »

Robin se détourne d’Allan et regarde Marianne avec tristesse. 

  « …     Non, je regrette ! »

Puis il reporte son attention, de nouveau, sur Allan.

Marianne se précipite sur les deux hommes et attrape prudemment la main de Robin qui maintient le couteau sous la gorge d’Allan. Le visage de Marianne frôle celui de Robin. Elle s’adresse à lui d’une voix douce mais résolue.

Marianne : « S’il te plaît. Fais-le pour moi ! »

Robin regarde attentivement Marianne.

Robin : « Marianne, c’est pour toi que je dois le tuer. Pour te protéger.»

Marianne met son bras sur les épaules de Robin puis elle prend son visage entre ses mains. Robin est en proie à une profonde tristesse.

Marianne :  « Robin ! S’il te plaît. Si tu m’aimes vraiment, tu dois le laisser partir. »

« Oui, je t’aime. Et c’est pour ça que je ne peux pas lui laisser la vie  sauve. Parce qu’un jour, il fera quelque chose qui t’enlèveras à moi. »

Allan, terrorisé, est toujours maintenu fermement au sol par Robin.

                              « Jamais non ! »  

Robin resserre son emprise sur Allan. Marianne agrippe fortement la main de Robin qui tient le couteau.

   « Aie pitié ! Ne salis pas nos mains avec son sang. »

*******

Quand Robin revint à la réalité, personne ne sut quoi lui répondre pour le consoler. Même Djaq, qui avait, plus d’une fois, pris la défense d’Allan, ne s’attendait pas à ce qu’il commette un tel geste. Elle en fut extrêmement meurtrie. Toujours retenu par Will et Petit Jean, Robin ne cessa de fixer Allan d’un regard des plus meurtriers. Il n’écoutait plus le shérif, il fixait constamment l’objet de sa colère.

Robin, à lui-même : « Je le jure devant Dieu, Allan !... Tu es un homme mort ! »

Le shérif, finissant son discours : « … Bien. Nous exposerons son corps dans la sainte chapelle du château afin que certains d’entre vous puissiez y faire ses adieux avant qu’on ne l’enterre dans la fosse commune… »

Il s’en retourna au château. Mais, arrivé au milieu de l’escalier, il s’arrêta et se retourna vers la foule. 

  « Ah j’oubliais si l’un d’entre vous pouvez prévenir notre ami Robin que son petit-ami est mort, cela serait très aimable de votre part, Je vous en remercie par avance. »

Il sourit à pleine dents puis disparut dans le château en sifflotant. La foule se pressa autour du corps. Robin aurait aimé s’approcher mais les gardes entourant le cadavre l’aurait certainement reconnu. Tout ce qu’il pouvait voir de là où il se trouvait était une personne portant le costume reconnaissable entre tous. Le visage du veilleur de nuit n’était que partiellement visible. La tête couverte par sa capuche, seule le masque couvrant les yeux avait été descendu sur sa gorge.

Légèrement inquiet, Allan ordonna aux gardes de ramener le corps et de le déposa dans la chapelle. Il rejoignit le shérif et Gisborne dans le hall du château où ce dernier semblait également troublé par cette dernière disposition.

Gisborne : « Mais Monseigneur ! Je croyais que vous vouliez qu’on expose son corps puis qu’on le brûle devant la foule ? »

Le shérif : « Oui c’est vrai mais j’ai changé d’avis !... Je veux prendre Robin dans mes filets ! »

Allan et Gisborne furent perplexes.

Gisborne : « Mais, comment ça ? »

Le shérif : « Je suis pratiquement certain que le veilleur de nuit est un allié de Robin des bois et donc celui-ci voudra certainement s’assurer que c’est bien son ami que nous avons exhibé à la foule, hum ? »

Gisborne ne sachant pas trop où il voulait en venir : « Euh oui… Monseigneur. »

Le shérif : « Bien. Alors il viendra… et aussi pour lui faire ses adieux. Entre hors-la-loi, il y a aussi toujours cet espèce de code d’honneur totalement dépassé mais que Locksley s’évertue encore à suivre et c’est ce qu’il le perdra. »

Gisborne : « Vous voulez le piéger dans la chapelle ? »

Le shérif : « Et bien Gisborne ! Vous voyez quand vous voulez ! »

Gisborne, ignorant la remarque désobligeante : « Mais s’il ne vient pas ? »

Le shérif : « Il viendra !... Sinon que diront tous les culs-terreux du comté… Non, il viendra… à moins bien sûr que le corps dans la chapelle n’est pas celui du veilleur de nuit, hum ? »

Gisborne : « Je peux vous assurer, Monseigneur, que c’est bien le veilleur de nuit !... N’est-ce pas Allan ? »

Allan : « Euh oui. Oui, oui, oui. C’est bien lui. Y’a pas de souci. »

Le shérif, regardant Allan : « Bien. Si y’a pas de soucis ! »

Le shérif se retourna et regagnant ses appartements : « Doublez la garde autour de la chapelle Gisborne ! »

Gisborne, se courbant : « Oui, Monseigneur ! »

Gisborne alla donner ses ordres tandis qu’Allan fila discrètement aux cuisines. Grouillantes de monde, il les traversa rapidement et apparut à l’entrée d’une petite pièce adjacente.

   « Annie ? »

Mais il n’y avait personne. Il en profita pour attraper un sac sur une des étagères et fit le plein de nourritures.

Une voix derrière lui : « Allan ? »

Surpris, il se retourna vivement.

Allan, soulagé : « Oh, Annie !... C’est toi ! »

Elle alla au fond de la pièce déposer le panier qu’elle tenait dans ses bras puis revint vers Allan. Il en profita pour reposer discrètement le sac de provision.

Annie : « Mais qu’est-ce que tu fais ici ? »

Allan : « Oh rien !... Je suis juste venu pour te voir. »

Annie, triste : « J’ai appris… »

Allan secoua légèrement la tête, ne comprenant pas ses paroles.

Annie : « J’ai appris pour le veilleur de nuit. C’est tragique, non ? »

Allan, mal à l’aise : « Oh oui… C’est une grande perte pour nous tous. »

Annie, larmes à l’œil, se retourna vers sa table de travail : « Il va beaucoup nous manquer… Il a fait beaucoup pour nous… Pour tous les malheureux de Nottingham. »

Puis elle fondit en larmes.

Allan : « Je sais… »

Il s’approcha lentement d’elle par derrière et la prit dans ses bras.

Allan, son visage à côté du sien : « Mais ne t’inquiète pas. Moi, je suis là. »

Annie, en pleurant : « Je sais. »

Puis elle se retourna et se blottit contre lui.

Allan : « Je suis là. Chuuut…Ça va aller… »

Il la berça lentement le temps qu’elle se vide le cœur gonflé par la peine.

Allan, se voulant rassurant : « Et puis Robin est là ! »

Reniflant et essuyant ses larmes, Annie s’écartant légèrement de lui : « Oui et il aurait besoin d’un coup de main. »

Allan, ennuyé par ses propos, souffla et détourna son regard puis : « Oh Annie !... Tu ne vas pas recommencer. »

Annie, se séparant de lui : « Et pourquoi pas ? Ce serait le bon moment. Tu n’es pas à ta place ici. »

C’était la deuxième fois aujourd’hui qu’on lui disait cela. Agacé, il changea de sujet.

« Tiens… C’est pour toi ! »  

Il lui tendit un mouchoir en dentelle.

Emue, Annie le prit délicatement dans ses mains. 

Allan : « Je l’avais gardé sur moi pour te le donner ce soir pour notre premier anniversaire mais étant donné les circonstances… »

Annie, reconnaissante : « Oh tu y as pensé !... Merci, Allan !… Merci beaucoup. »

Elle lui sauta au coup et le serra très fort contre elle.

Tout en se défaisant d’elle, Allan : « J’ai demandé aux couturières du château de coudre un motif de dessus. »

Annie défit le mouchoir et sur l’un des coins du tissu était cousu les initiales entrelacées « A A. »

Annie, touchée, larme à l’œil : « Merci infiniment, cela me touche beaucoup. »

Elle déposa un baiser sur les lèvres d’Allan. Heureux d’avoir pu rendre le sourire à sa chère et tendre, il n’en oublia pas moins les raisons de sa venue ici.

Allan : « Tu devrais aller le ranger tout de suite pour ne pas l’abîmer. »

Annie : « Oui, tu as raison. »

Elle se retira en fond de la pièce où elle entreposait ses affaires. Allan en profita pour reprendre le sac de provisions qu’il dissimula derrière son dos. Puis il commença à reculer vers la sortie. Annie revint vers lui.

Allan : « Bon ben, je dois y aller. Gisborne m’a fait appeler. »

Annie, un peu déçue : « Oh, déjà ? »

Elle s’avança pour l’embrasser une dernière fois avant de partir. Il accepta avec plaisir ce témoignage de tendresse.

Allan se défaisant d’elle, toujours en reculant : « Bon ben là, il faut vraiment que j’y aille. »

Annie : « D’accord, vas-y ! »

Allan : « Je serais là pour le dîner… Enfin j’espère ? »

Annie : « Comment ça, tu espères ?... J’espérais qu’on passerait la soirée ensemble. Je n’ai vraiment pas envie de rester toute seule ce soir. »

Allan : « Oh je sais mon amour. J’aimerais vraiment rester avec toi mais mon devoir avant tout ! »

Annie, résignée : « Ce n’est pas ton devoir, c’est Gisborne ! »

Allan, un peu las : « Oh Annie !… Bon, il faut vraiment que j’y aille, cette fois-ci. »

Puis s’éloignant à reculons dans les cuisines, haussant la voix pour se faire entendre : « …Si tu veux on n’en reparlera la prochaine fois. »

Annie, sur le même ton : « ça tu peux y compter, Allan de Dale ! »

Allan sortit des cuisines pratiquement en courant et arriva dans la cour où il ralentit le pas. Puis il sortit très discrètement du château.


byoann  (28.10.2013 à 09:45)

Chapitre X

« Tu vas le payer de ta vie, Allan ! »

   endant ce temps, dans la forêt de Sherwood…

Le retour au campement se fit dans le silence le plus total. Toujours en état de choc, la bande s’assit autour d’un feu à l’extérieur du camp réfléchissant au drame qui venait d’avoir lieu.

  Robin, effondré et en larmes, s’écroula au pied d’un arbre un peu à l’écart.
Petit Jean se releva et alla rejoindre Robin.  

Puis il le prit dans ses bras.

Robin, se laissant consoler : « Marianne… ! Non !... Tout est de ma faute ! »

Petit Jean : « Non, ce n’est pas ta faute, Robin ! Ce sont les hommes du shérif les responsables. »

Un peu plus loin, Much, en colère : « Et Allan ! »

Se défaisant de Petit Jean, Robin, le visage baignant de larmes : « Je n’aurais pas dû la laisser toute seule… J’aurais dû la retenir ici et je… »

Petit Jean : « Elle n’aurait jamais accepté ça. »

« JE L’AURAIS OBLIGE ET ELLE… Elle serait encore en vie… »   

Will regarda Djaq. Il put imaginer ce que Robin ressentait en ce moment. Il frissonna d’effroi lorsqu’il se mit à penser à ses propres sentiments si cela serait arrivé à Djaq. Cette dernière, pleurant, regarda Petit Jean essayant de consoler Robin puis fixa son bien-aimé. Elle aussi imagina ce qu’elle aurait ressenti si c’était Will qui avait été allongé sur l’estrade. Elle se leva et alla se blottir contre lui. Il l’accueillit avec d’autant plus de plaisir qu’il désirait lui-aussi se rassurer en la serrant très fort dans ses bras. Much, la tête basse, essuyant ses larmes avec sa manche, resta assis près du feu. Il n’arrivait pas à croire qu’il ne reverra plus Marianne. Un silence pesant, entrecoupé des sanglots de Robin, s’installa dans cette partie de la forêt de Sherwood. Le temps semblait s’être arrêté. Lorsque tout à coup, l’alarme retentit.

A contrecœur, Will se défit de Djaq : « Un visiteur sur la route du nord. »

Petit Jean, gentiment, en se relevant : « Bon, allons-y. »

Much : « Quoi ? Tu veux y aller alors que Marianne vient de… »

Etranglé par l’émotion, il ne put terminer sa phrase.

Petit Jean : « Oui, justement ! Nous le devons à Marianne ! »

Will, à contrecœur : « Petit Jean a raison. Elle a donné sa vie pour sauver de pauvres gens. Nous devons continuer à nous battre en sa mémoire. »

Djaq : « Oui, tu as raison… Nous devons y aller... Pour Marianne ! »

Much, encore choqué, regarda en direction de Robin : « Maître ? »

Robin, inconsolable, était incapable de répondre. Il fit signe négativement de la tête. Terrassé par la douleur qui lui déchirait les entrailles, il n’avait plus la force de continuer à lutter. Tout cela lui paraissait complétement inutile maintenant que son amour n’était plus.

Much aux autres : « Et que fait-on pour Robin ?... On ne va pas l’abonner tout seul ici ? »

Djaq s’avança vers Much et mit la main sur son épaule : « Tu ne peux rien faire pour lui dans l’immédiat. Plus tard, quand il aura besoin de se confier, tu pourras l’aider mais pour l’instant je crois qu’il vaut mieux le laisser tout seul. »

Mais Much s’inquiétait beaucoup pour Robin. Jamais, il ne l’avait vu aussi désemparé. Il le croyait invincible. Mais de le voir, là, couché sur le sol, se tordant de douleur en pleurant sa bien-aimée, lui brisait le cœur. Il aurait voulu lui prendre sa douleur afin qu’il ait moins mal mais Djaq avait raison. Il ne pouvait rien faire pour le moment. C’était trop tôt.

Will : « Et puis de toute façon, nous n’en avons pas pour très longtemps. »

Much : « Vous êtes sûr ? »

La bande : « Oui ! »

Petit Jean : « Partons tout de suite. Comme ça, nous serons revenus plus vite. »

Le reste de la bande partit en direction du piège de la route du nord laissant seul, Robin, prostré au pied d’un arbre, indifférent à tout ce qu’il l’entourait. Il était pratiquement invisible pour n’importe quel visiteur de la forêt qui passerait par ici.

Mais il y avait bien un visiteur qui rôdait autour du campement. Dans le dos de Robin, une silhouette dans les buissons se manifesta de temps à autres afin de s’assurer qu’il n’y avait plus personne. Le visiteur avait déclenché le piège de la route du nord afin de faire sortir la bande de sa tanière. Mais il espérait que tous ne s’y soit pas rendu. Constatant que la porte du camp était restée ouverte, le visiteur supposa, à juste titre, qu’au moins une personne était restée au camp. Mais il espérait de tout cœur que cela ne soit pas Robin. Il supposa que c’était probablement Djaq qui avait laissé la porte ouverte le temps d’aller dans la forêt cueillir des plantes pour ses potions. Le visiteur commença par appeler timidement puis n’ayant pas de réponse, il s’enhardit.

Le visiteur : « Djaq ?... Djaq ? »

Anéanti par la douleur, Robin, épuisé, commençait à s’assoupir.  

Mais quand il entendit l’appel, Robin rouvrit brutalement les yeux puis se tourna péniblement et toujours caché par l’arbre au pied duquel il se trouvait, chercha à reconnaître l’identité du visiteur. Celui-ci, portant une cape avec une capuche, était de dos.

Le visiteur, se retournant face à Robin : « Djaq ? »

Robin le reconnut immédiatement.

  La rage monta en lui comme une flèche.

Il se releva lentement en prenant son arc posé sur le sol à ses côtés. Il encocha une flèche, sortit de sa cachette et pointa son arc sur son adversaire.

Robin, criant : « ALLAN ! »

Allan, surpris par la brusque arrivée de Robin et étonné de le trouver encore ici, ne réagit pas assez vite. Robin se précipita et tira sur Allan mais trop vite. La flèche ne le tua pas mais entailla sérieusement son épaule gauche. Revenant de sa torpeur, Allan courut se réfugier derrière un arbre et tenta d’expliquer à Robin les raisons de sa présence.

Allan, terrorisé : « ATTENDS !... JE SUIS VENU TE PARLER DE MARIANNE… »

Mais Robin, ivre de colère, ne voulait rien entendre. Il arma de nouveau son arc et courut jusqu’à lui. Il tira. Heureusement, Allan put s’échapper à temps et se réfugia derrière un autre arbre. Ils continuèrent ainsi jusqu’à ce qu’Allan trébuche sur une pierre et s’effondre. Il eut à peine le temps de se retourner que Robin était déjà au dessus de lui le menaçant de son arc.

Robin, rouge de colère : « MARIANNE EST MORTE ET C’EST TOI QUI L’A TUE ! TU VAS LE PAYER DE TA VIE, ALLAN ! »

Il banda davantage son arc.

Allan, mort de peur : « NON ATTENDS !...ELLE EST VIVANTE !... Je t’assure ! »

Il fouilla précipitamment dans ses poches et lui tendit la bague de fiançailles que Robin avait offerte à Marianne quelques semaines plutôt.

Robin, toujours ivre de colère et en larmes, hésita.

Robin : « Tu l’as prise sur son cadavre ! »

Allan, écœuré : « Non, je ne ferais jamais ça !... Je te jure... Je t’en prie… Ecoute, elle va mourir si Djaq ne vient pas la soigner ! »

Robin hésita toujours. Il repensa au corps de Marianne étendu sur l’estrade. Mais en même temps, il désirait tant qu’elle soit encore en vie qu’il ne savait plus quoi faire. Allan était si terrifié qu’il ne pensa pas à lui dire que le corps qu’il avait vu à Nottingham n’était pas celui du veilleur de nuit. Il n’osait plus prononcer la moindre parole craignant d’augmenter encore davantage la fureur de Robin. Le silence s’installa entre les deux hommes. On n’entendit plus que le bruit de la respiration intense des deux hommes mue l’une par la colère et l’autre par la terreur.

Pendant ce temps, le reste de la troupe était arrivé au piège de la route du nord. Mais ils constatèrent qu’au lieu de trouver un cavalier se balançant au bout de la corde, ils trouvèrent à sa place une grosse branche.

Much, surpris : « Ben, c’est une branche d’arbre ! »

Much à Will : « Comment cela se fait-il ? »

Will, sûr de lui : « C’est quelqu’un qui l’a mise là !... Délibérément ! »

Petit Jean : « Tu en es sûr ? »

Will : « Certain ! »

Much : « Elle est peut-être tombée d’un de ses arbres et s’est retrouvée dans la piège, non ? »

Will, dubitatif : « En perdant ses feuilles et toutes ses branches secondaires ? »

Will attrapa le morceau de bois qui se balançait au bout de la corde.

Will : « Tiens, regarde ! Ce n’est pas une branche entière. C’est juste un tronc d’arbre mort qui devait se trouver dans les parages. »

Il le balança sur le côté.

Petit Jean : « Autrement dit quelqu’un voulait nous faire quitter le camp ! »

Will : « Oui. »

Djaq : « Mais qui ? Il n’y a qu’une personne, à part Marianne, qui connaît l’emplacement de notre campement ! »

Il eut un bref silence.

La bande : « Allan ! »

Petit Jean : « Retournons vite au campement. Robin est en danger. »

Much, inquiet : « Je le savais !... Je le savais que c’était pas une bonne idée de le laisser tout seul… Je l’avais dit. »

Will : « Much, tais-toi et cours ! »

Toute la bande se précipita au campement. Arrivé à proximité, ils entendirent les hurlements de Robin. Ils redoublèrent d’effort. En arrivant, ils trouvèrent Allan, couché sur le dos, sous la menace de Robin, debout, pointant son arc sur lui.

Petit Jean : « Tue-le, Robin ! »

Allan : « NON, ATTENDS ! NE FAIS PAS ! Marianne… »

Much, le coupant et en colère : « Marianne est morte et on sait tous que c’est toi qui l’as tué Allan ! »

Allan, terrorisé : « Je ne l’ai pas tué !...Elle est vivante… Elle est gravement blessée mais elle est vivante. C’est pour ça que je suis venu chercher Djaq... Croyez-moi ! »

Il tendit la bague qu’il tenait toujours dans sa main, Robin ayant refusé de la lui prendre.

Allan, se tournant vers Djaq : « Djaq ?... Dis-moi que tu me croies, toi, au moins ? »

Djaq le regarda droit dans les yeux.

Elle hésita : « Je…Je… »

Allan, fermant les yeux, au comble du désespoir : « Oh non !... »

Il la regarda de nouveau dans les yeux.

Allan : « Djaq…Je t’en supplie… au nom de notre… au nom de notre ancienne amitié… »

Voyant que cela n’avait pas d’effet, il souffla en fermant les yeux.

Puis il reprit : « Djaq, souviens-toi de ce qui s’est passé à Clun… Me crois-tu vraiment capable de faire ça ? »

La mention de Clun fit réagir Djaq. Il s’était visiblement passé quelque chose à Clun mais les autres l’ignoraient. Le fait qu’Allan le mentionne devant Robin prouvait à Djaq qu’il n’avait plus rien à perdre. Elle sentit alors qu’elle pouvait lui faire confiance. De plus, elle espérait tellement que Marianne ne soit pas morte. On pouvait bien vérifier ces dires avant de commettre l’irréparable. Robin, commençant à fatiguer et voulant venger Marianne au plus vite, banda son arc.

Djaq, suppliant : « Robin non, ne fais pas ça. Il dit peut-être la vérité ! »

Robin, fixant toujours Allan : « Marianne est morte, Djaq ! Elle est morte. Tu l’as vu comme moi. »

Allan, regardant Robin : « Non, ce n’était pas elle. »

Le reste de la troupe reprit espoir excepté Robin qui refusa de le croire. Allan tenta de lui expliquer ce qui s’était réellement passé mais Robin, ne voulant rien entendre, banda de nouveau son arc. Voyant qu’il n’arriverait pas à raisonner Robin, Allan se tourna vers Djaq.

Allan, suppliant : « Il faut se dépêcher... Je t’en prie… Djaq, sauve-la ! »

Will ne savait pas comment réagir. Malgré les liens qu’il avait tissés avec Allan, il approuvait cependant Robin de venger la mort de Marianne. Mais, dans le même temps, elle était peut-être encore vivante. Que faire ? Peut-être valait-il mieux vérifier si Allan disait la vérité ? Même si la vérité et Allan, cela faisait deux parfois. Robin menaçait toujours Allan de son arc.

Djaq, se tournant vers Allan : « Où est-elle ? »

Allan : « Dans une ferme isolée près de Locksley. Je te jure, Djaq, c’est la vérité. J’ai essayé de la soigner mais c’est plus grave que ce que je croyais.»

Djaq : « Où est-elle blessée ? »

Allan essaya de se relever mais Robin le menaça de plus belle.

Allan se recoucha et, s’appuyant sur son coude droit : « Elle a été blessée à l’épaule par une flèche mais ça je pense à avoir réussi à la soigner mais elle a une sérieuse blessure à l’abdomen faite par une épée. Ça saigne beaucoup. Je n’ai pas réussi à stopper le saignement avec l’onguent cicatrisant que tu m’avais donné et elle est très faible. »

Djaq s’inquiéta : « Robin !... On devrait aller voir ça. »

Robin, regardant furieusement Allan : « Je ne le crois pas ! »

Petit Jean, crachant : « Moi non plus ! »

Djaq se mit en face de Robin et posa doucement la main sur le bras qui tenait l’arc : « Robin… Si y’avait la moindre chance de retrouver Marianne vivante, ne crois-tu pas qu’il faudrait la tenter ? »

Robin réfléchit quelques instants en fixant Allan. Puis il souffla découragé et baissa finalement son arc. Allan, soulagé, expira un grand coup et se laissa retomber sur le sol. Will l’attrapa par son bras blessé par une des flèches de Robin pour le relever brutalement.

Will, sans ménagement : « Allez, conduis-nous à Marianne ! »

Allan grimaça de douleur mais, seule, Djaq le remarqua.

Djaq : « Attendez ! Je vais emporter mes potions et du linge. »

Elle fila jusqu’au campement et emporta tout ce qu’elle aurait besoin pour soigner Marianne. Puis ils prirent la direction de Locksley. Encadré par Will et Djaq, suivi par Robin et Petit Jean, Much fermant la marche, Allan les conduisit jusqu’à la ferme isolée près de Locksley. Celle-ci se composait d’une maison d’habitation avec, en face, une grange et sur le côté des écuries avec des abreuvoirs que la pluie avait bien rempli. Elle se trouvait un peu à l’écart, à quelques mètres des premières habitations du village de Locksley. La maison n’était pas visible depuis Locksley. Elle était cachée par la grange et les écuries. En revanche, on pouvait parfaitement voir qui arrivait par le chemin conduisant à la maison. Arrivés devant le logis, méfiants, ils firent entrer Allan le premier.


byoann  (04.11.2013 à 08:20)

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